Falaën en son histoire de Thomas-Jean DELFORGE. Paru dans «LE GUETTEUR WALLON» 1973.

1 - LE SENS DES MOTS
Falaën ! Que voilà une étrange sonorité! Est-il grec ou barbare, ce nom-là? Ou au moins celte, romain ou germanique? C’est sans doute à cette dernière possibilité qu’il faut nous arrêter.
Les plus anciennes formes écrites sont celles des censiers du Comte de Namur: Fain laiens en 1265, Falain et Fain/aens en 1294. Nicolas de Lesve, économe de l’abbaye de Brogne, écrit le plus souvent Fainglaens, mais aussi Fainglaiens et Faignelaens. Il s’agit visiblement d’un nom composé, dont la première partie «Fa» représente, certes quelque peu diminué par la perte de l’accent tonique, le nom que nous rencontrons sans cesse écrit Fain ou Faing, Fen ou Feng (car le «g» ne se prononce pas plus que dans coing, hareng ou vingt) et même Fagne. Ce nom, issu d’un substantif neutre germanique fanja, désigne aujourd’hui plusieurs régions de Wallonie et d’Angleterre (les Fens); il entre encore, sous la forme «fa», dans les noms de 158 localités de notre pays et sert à désigner une lande marécageuse. Vraiment, il ne pouvait manquer d’emploi dans les pays où il pleut beaucoup, fangeux par nécessité! Isolé et, comme teI nécessairement accentué, il devient Foy ou Fwè (comme faim est en wallon fwaim). Ainsi la partie, Foy, et le tout communal, Falaën, ont le même nom, s’il est vrai qu’ils furent distincts jusqu’à l’amalgame réalisé sous le Consulat. Il n’en fallait pas moins une détermination pour les reconnaître: c’est dire la nécessité du suffixe «laiens».
Celui-ci n’est qu’un adverbe de lieu vieux-français: là-bas. Il marque une opposition locale, comme celle, par exemple, entre Hastière-Lavaux et Hastière-par delà. Mais ici ce n’est que la Molignée qui coule entre les deux. Falaën est donc nommé par référence à Foy, qui est ainsi premier.
Où sont les marécages en cette affaire? M. Jean HAUST, dans une étude décisive sur le toponyme, attire notre attention sur les changements subis par la face du sol après des siècles de culture, de drainage, de plantations, bref d’aménagements. Pourtant le nom conviendrait encore à ce fond humide où se rencontrent le Biert et le Flavion pour former la Molignée, ce fond d’où s’élève le rocher de Faing qui porte les ruines de Montaigle, où dix sources affleurent. Et ne conviendrait-il pas encore aussi à cette prairie du coeur de Falaën appelée Brou, comme le ruisselet qui traverse l’agglomération? Brou, boue?
On aurait peut-être pu penser à autre chose pour expliquer «laën», que les habitants du lieu prononcent encore constamment «Iayen». Que dis-je, on y a pensé! Charles Grandgagnage voulait rattacher ce terme au verbe vieux-français «laier», notre wallon «leiî». C’est ce que rejettent ‘Sans hésiter les maîtres actuels de la toponymie belge, M. Jules HERBILLON, de l’Académie Royale de Belgique, M. André GOOSSE, Professeur à l’Université de Louvain, qui ont bien voulu nous communiquer leur sentiment.
Mais ceci est certain: les moines de Saint-Gérard (Brogne), du XI’ siècle, sentaient cette étymologie. Cinq documents de leur chartrier remontant à cette époque mentionnent, sauf erreur, Falaën comme «Fen deserla». Les étymologistes du moyen-âge, qu’ils s’appellent Isidore de Séville ou même Thomas d’Aquin, ou autrement, ont le plus souvent travaillé à fleur de peau, avec quelque naïveté. Une science comme la linguistique était encore loin de naître. Pourtant, si nous traduisions «Fen deserta» par pays perdu, nous ne serions pas si loin de compte: loin de la vallée et des grands-routes, loin du chemin de fer, séparé comme paroisse de Foy-Marteau, Falaën n’eut pas la visite du miniaturiste des célèbres albums du Duc de Croy, et il y a 60 ans aujourd’hui qu’un évêque de Namur n’y est plus monté.
Nous avons expliqué Foy, qui s’étend sur les hauteurs de la rive gauche de la Molignée. Dans la vallée, La Forge et Marteau, celui-ci nommé dès 1407, rappellent l’industrie du fer, à laquelle jusqu’au milieu du siècle dernier sinon jusqu’hier, servit le ruisseau. Montaigle, qui désigne des ruines, mais d’abord une ferme (Montaigle-la-Ville, dira-t-on au moyen-âge) et encore un château moderne, c’est, depuis le XlII’ siècle au moins, un nom transparent. Les Hayettes sont le siège d’un moulin sur le Flavion, qui tournait sûrement au XIII’ siècle, sans qu’on voie de raison pour qu’il n’ait pas moulu dès le IX’...
Outre ces principaux, un essaim de toponymes s’est abattu sur les feuilles cadastrales. On les range ici, y ajoutant ceux que l’on a recueillis sur place, un peu brutalement, par ordre alphabétique, faute de pouvoir les porter exactement sur une carte les uns, les autres, suivant leur situation: ils sont trop nombreux. Toutefois, nous indiquerons le secteur dans lequel, sur le plan, placer chacun, sans omettre quelques références historiques.
Pour le campagnard sédentaire d’autrefois, le territoire communal était une province. Ses relations sociales quotidiennes l’amenaient à désigner par un nom particulier chaque site, chaque enclos, chaque pièce de terre, chaque buisson sinon chaque gros arbre, point de repère d’utilité quotidienne. Voici ceux que, plus que dans les documents, nous avons retrouvés vivant encore dans la conversation des habitants. II est temps de les fixer par l’écriture, car il nous a fallu recourir pour les placer sur notre plan quadrillé, à la mémoire des plus anciens du lieu, qui n’ont pas toujours pu les situer sans effort et nous ont laissé des points d’interrogation. Lettres et chiffres renvoient au plan quadrillé joint à cet article.
Auges (dessous les) F-H 0-1    Biert-le-Roy D-E 4-5    Aulneuw G-H 1-2    Bois de Famet H-J 2-3     Batumé E-F 1-2    Bois de Fayat E-F 2-3     Belle-Vue D-E 1-2     Bois du Scagne J-K 5-6    Beyaute D-E 3-4    Bois de Maurier K-L 3    Bôly F-G 4-5    Brou H-I 2-3    Bruyères F-G 1-2 (XVIII’ s. Br. de Rome Br. de Septembre)    Buisson de Fter E-F 1-2    Chenesse I-K 1-2    Chenois C D 5-6    Chertin CD 3-4     Chession (sur le) E-G 1-3    Cinq bonniers F-O 2-3    Clavia (sul) H-I 1-3    Cortil Colet J-K 2-3     Cortil Jacques Delcourt G-H 2-3    Cortil Valentin F-O 3-4    Crequion (campagne du) I-J 3-5     Croix Propsper G-H 4-5     Crucifix de Fwé (Fiez?) G-H 7-8     Discange E-F 1-2     Doyer (dessus le) G-H 2-3     Fechelenne J-K 1-2     Fond de Bôly F-G 4-5     Fond del  Marie E-F 4-5     Fond de Machurnée F-G 3-4    Fond del Vôsal l-J 4-5,    Fond des Longvaux E-F 2-3     Fonds de Foy I-J 78     Forge (la) H-I 5-6     Fosses C-D 2-3     Frambji E-F 4-5     Grand Champ D-E 3-4     Grand Faux E-F 1-2    Grand Pachi H-I 1-3     Grande Terre G-H 6-7     Grands Prés K-L 3-4     Haie Anesse G-H 4-5    Haie aux Agasses I-J 2-3   Haie aux Amandes l-J 3-4   Haie aux Bêleux F-O 4-5,   Haie aux Vaches H-J 6-7   Haie de la Pichelotte F-G 2-3 (Pisselotte XVe s.)   Haie du Bovi E-F 2-3     Hayettes K-L 2-3   Héronnière I-J 4-5 (La, Liernier)     Hierdau F-G 1-2     Jardins de la Tourelle G-H 3-4     Longs Prés J-K 4-5     Longue Terre G-H 7-8     Lormont G-H 2-4     Lovère, le, L-M 1-2     Machurnée (XIII’ s.) E-F 3-4     Mativeau H-I 4-5     Mnère (è) I-J 3-4     Montaigle, château moderne L 3-4    Montaigle ferme K-L 3-4    Montaigle ruines J-K 5-6     Moulin à vent C-D 2-3     Onze bonniers H-I 7-8   Ormes, les, M-N 3-4     Pachi Pirette G-H 1-2     Paradis des t’chevaux H-I 2-3     Pétri B-C 4-5     Pirouet (Pairre Roi) G-H 4-5   Plantis aux Amandes G-H 3-4     Plantis du Famet H-J 1-2     Plantis de dessous Ronquier G-H 8-9    Plantis du Four à chaux E-F 1-2    Plantis du Rabinisse (XIIIe s.) E-F 0-1     Platte Terre D·E 3-4     Pré au Regain (au Woyen) G-H 2-3    Pré des Fossés K-L 5-7    Pré des Royis F-G 1-2    Pré du Wez L-M 4-3    Pré Mélot H-I 2-3     Saurt Aulan I-K 2-3   Sauvenière (al) H-I 1-2     Spinette E-F 3-4     Terre à la Croix F-H 3-4    Terre aux Crayas I-J 6-7     Terre del Sipèche K-L 1-2 l    Terre du Poujuveau L-M 1-2    Terre Robson M-N 4-5     Terre Louise E-F 3-4     Tienne Godins H-I 5-6     Tillou, sul’ F-G 2-3    Tillou, al’ H-I 3-4   Trieux F-G 1-2    Trieux du château H-I 2-3     Vallée des Prés H-J 2-3     Vintrou (à la) G-H 3-4.

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2 - HOMMES DE LA PIERRE

Si son nom actuel ne lui fut donné qu’après les Invasions, par les Francs, Falaën a connu les plus anciens habitants de la Belgique. Tout le monde sait que les premières demeures d’hommes y furent les cavernes des vallées d’érosion, celles de la Meuse, de la Lesse, de la Molignée et du Flavion. Ces vallées ont été, à longueur de siècles, sciées par de fantastiques torrents, dont les eaux d’aujourd’hui ne sont que de minces souvenirs, à travers le dur calcaire carbonifère. Ce sont eux qui ont découpé et creusé ces grottes hospitalières pour le primate de génie qui allait venir en chasser les animaux et, petit à petit bien sûr au fil des siècles, changer le visage de la terre. Homo sapiens. dit-on, et l’on est convenu de lui accorder quelque 30.000 ans d’existence, sur la terre.
Une falaise impressionnante surplombe le Flavion, sur sa droite, à quelque deux cents mètres des ruines de Montaigle. On y voit huit grottes dont cinq furent fréquentées par les hommes préhistoriques: Trou de l’Erable, à soixante mètres au-dessus de l’eau, Trous du Sureau, du Chêne et du Lierre, entre trente et trente-cinq mètres, finalement Trou Philippe, à six mètres seulement. Ce sont les noms que leur donne Edouard DUPONT, dans un ouvrage déjà centenaire, mais tout proche du moins des fouilles et des découvertes faites en ce site: L’homme pendant les âges de la pierre, (Bruxelles 1873). Quarante-trois cavernes de la Meuse el de ses affluents avaient été explorées et leurs sols passés au tamis.
Il en est sorti toute une panoplie de silex et de pierres taillées (paléolithique) ou polies (néolithique). Ne fallait-il pas, dès avant la découverte des métaux, se défendre et manger? Des couches superposées d’ossements brisés, mêlés à des alluvions, surgit ainsi pour les fouilleurs toute une faune: mammouth et renne, ces deux espèces caractéristiques de deux époques successives, mais aussi ours, éléphant, rhinocéros, lion, loup, ‘cheval, chamois, chèvre, hyène, lièvre, petits rongeurs, etc., quelque trente des 170 espèces trouvées jamais dans les stations préhistoriques de France et de Belgique. Noter que l’on trouve leurs os brisés le plus souvent: l’homme aimait la moëlle qu’ils contenaient. Il faut mentionner aussi les poissons d’eau douce et se représenter les primitifs pêchant et dégustant déjà les truites délicates du Flavion.
Ingénieux, les cavernicoles de Montaigle surent exploiter au mieux non seulement les pierres, d’où ils tirèrent même le feu, mais les cornes et les bois des animaux, qu’ils purent employer comme poignards, comme pioches et comme manches de leurs couteaux de silex, les os, dont ils firent notamment des sifflets et, les plus petits, des aiguilles à coudre. A l’âge néolithique, il commencèrent la culture du sol et la domestication des animaux. Ils firent les premières poteries.
Il est passionnant de suivre, par exemple, dans le livre de Dupont, les déductions des préhistoriens, à partir des inventaires de ces fonds de grottes, pour reconstituer la vie de ces lointains devanciers. Tout le matériel retrouvé à Montaigle permet de se référer, pour préciser leur position sur la montée humaine, à ces échelons appelés aurignacien, magdalénien et tardenoisien. On peut voir ces pièces dans nos musées de Bruxelles et de Namur, voir même, pour quelques-unes, de Maredsous. Ce sont les plus vieilles antiquités, dit Dupont, découvertes en notre province.
Naturellement, il ne faut pas imaginer que cette occupation des grottes ait duré sans arrêt pendant toute la préhistoire. Les occupants les trouvèrent vite sans doute trop aérées et se bâtirent des cabanes. Sauf toutefois les millénaires de glaciation... Dupont note d’ailleurs à propos du Trou du Sureau: «Toute caverne large, à grande ouverture, et qui n’était pas humide, fut toujours, dans notre région, longtemps habitée par les anciens indigènes».
On a tenté des portraits de ces hommes préhistoriques à partir de débris de squelettes, des crânes surtout, retrouvés en beaucoup d’endroits du vieux monde. Les cavernes de Montaigle n’ont rien livré de pareil. Il y en eut ailleurs de sépulcrales, comme à Furfooz. E. Dupont, d’après l’étude des crânes retrouvés, parle de Mongoloïdes. Un autre paléanthropologue reconnaît toute une immigration de brachycéphales, qui auraient descendu la Meuse.
Quant à savoir d’où ils seraient venus, les habitants éphémères de nos grottes ou leurs ancêtres, au long de ces siècles obscurs, la science ne le dira sans doute jamais. On opine aujourd’hui pour l’Afrique comme berceau de l’homo sapiens.
Qui sait ce qui, après une si longue période, quelque dix mille ans, c’est-à-dire après tant de vicissitudes cosmiques, tant de déplacements des races, tant d’épidémies sans doute, tant de guerres aussi, il peut rester de leur sang dans les veines des gens de ce pays aujourd’hui? A quel point étaient-ils leurs descendants, les hommes qui virent arriver les premiers Gaulois et finalement les Belges qui devaient nommer notre pays, quelque 250 ans peut-être avant notre ère? La préhistoire, c’est surtout des questions.
On nous permettra de joindre à la préhistoire toutes les données archéologiques recueillies sur le site. Sur le promontoire même de Montaigle, «principalement derrière les ruines de ce château féodal», des fouilles, en 1886, ont révélé des traces certaines d’occupation belgo-romaine, un camp de refuge du Bas-Empire, caractérisé par des débris de huttes en claionnage, des débris de fer, de verre, de poterie sigillée à la roulette et, pour dater, par 150 petites pièces de bronze aux noms d’empereurs allant de 265 à 395, dont 80 trouvées ensemble au fond d’un fossé. On en conclut que «le rocher de Montaigle a donc servi encore de refuge aux populations belgo-romaines du voisinage contre les incursions des Francs à la fin du IV’ siècla_tombe_du_francle».
Les mêmes fouilles de 1886 ont mis au jour à Marteau, sur un versant de la rive gauche exposé au midi, treize tombes mérovingiennes. Reprises en 1900-1902, c’est 53 tombes, très pauvres d’ailleurs, qu’elles découvrirent: les habitations des vivants ne pouvaient être bien loin. Enfin, il faut mentionner ce modeste tumulus qui coiffe une tombe voûtée ovale au bord du chemin de Montaigle à Sommière, il abrita la dépouille de quelque personnage gallo-romain ou franc. Nous n’avons trouvé aucun rapport sur sa découverte, mais une mention dans une étude sur les chemins pré-romains du pays, comme fut celui-là. Nous l’avons toujours entendu nommer «la tombe du Franc».
Avec César, qui survient en 57 avant Jésus-Christ, les Belges entrent dans l’histoire et dans une civilisation dont Rome leur a apporté les principes: une langue, une organisation politique, - Tu regere imperio populos, Romane memento -, un droit. Bientôt, par Rome, leur viendra encore la religion chrétienne avec laquelle seront en place toutes les grandes forces nécessaires pour contenir et éduquer les barbares qui approchent.

3 - L’HEURE DES MOINES
Il est assez général - et assez remarquable - que ce soit sur les chartes des vieux monastères qu’apparaissent pour la première fois les noms de nos communes. Ainsi celui de Verviers dans les archives de Stavelot, celui de Rhisnes, dans celles du prieuré d’Oignies, celui de Couvin dans celles de Saint-Gennain-des-Prés. Ce n’est pas le lieu d’expliquer pourquoi. Falaën était dans un quadrilatère formé par les abbayes de Brogne, à 9 km au N.-O., de Moulin, à 8 km à l’E., de Waulsort, à 10 km au S.-E. et de Florennes, à 14 km au S.-O. A laquelle s’adresser d’abord? C’est l’article Falaën de l’Etymologisch Woordenboek de Gysseling (Bruxelles, 1960) qui, en donnant la date de 932, aiguilla l’auteur vers Saint-Gérard ou Brogne. Cinq diplômes importants, déjà plusieurs fois publiés, y montrent Falaën, ou mieux «Fen deserta», parmi les possessions de celle abbaye. Les voici:
1. En 932, l’empereur Henri 1’ l’Oiseleur accorde des droits et privilèges à l’abbaye de Brogne. Cette charte, il est vrai, est considérée comme un faux mais remontant au XII” siècle.
2. En 1131, à Brogne, l’évêque de Liège, Alexandre de Juliers, en présence et avec l’accord du comte de Namur Godefroid, confirme biens, droits et privilèges de l’abbaye, ce jour même où a été faite l’élévation des reliques de Saint-Gérard, équivalant à sa canonisation.
3. En 1154, à Brogne encore, le comte de Namur, Henri l’Aveugle, en présence et avec l’appui de l’évêque de Liége Henri, accorde une semblable confirmation
4. En 1184, le Pape Lucius III confirme à son tour les possessions de Brogne.
5. En 1202, le Pape Innocent III fait de même
«Tels sont, dit le premier des documents cités, que les autres répèteront substantiellement, les biens que l’abbaye possède légitimement et intégralement et dans lesquels l’abbé et ses agents exercent en toute liberté (libere et potestative) tout droit et tout pouvoir judiciaire: les villages de Brogne et Saint-Laurent, une partie de Bossières, Maison, une partie de Libenne, Lesve, Montigny. «Fen deserta», Sosoie, Waslin (Weillen), Maredret, une partie d’Ermeton, Behoude et Behourdelles, Romerée, Manise».
Les deux bulles papales ajoutent des précisions en nommant «alleux» les deux propriétés de Falaën et des Hayettes. A Falaën, Brogne perçoit toute la dîme et possède l’église ou chapelle: aux Hayettes, elle a ou dix quartiers de terre et quatre bovaria (bonniers?). comme dit la bulle de 1184 ou le quart de la ferme et dix quartiers de terre comme dit celle de 1202.
Ces alleux ou terres franches, seigneuries de Brogne, n’appartenaient pas au patrimoine laissé par Gérard, le fondateur, mort en 959. D’où en vint aux moines la propriété, les parchemins allégués ne le disent pas, ni aucun autre.
Mais, quand nous ouvrirons le registre compilé par dom Nicolas de Lesve, économe au début du XV’ siècle, nous y découvrirons des pages qui la constatent encore. On y lit, en un vieux français qu’il faut bien ici moderniser un peu: «Ce sont les chapons que Mgr l’abbé de Brogne a à la ville de Falaën chacun an au jour Saint-Etienne, (liste) corrigée et renouvelée par la main de Jean delle Ruwe dit le marlier et par le conseil des maïeur et échevins de la dite ville l’an 1377». Suivent 15 noms avec mention de maisons, cortils ou prés. Plus loin: «Ce sont les cens que l’on doit à l’église (monastère) de Brogne à Falaën, au jour de l’an, à la mi-mars et à la Saint-Remy, reçus plusieurs fois par Guillaume dez Weys». Suivent une vingtaine de noms, avec quelquefois la destination ou l’origine des cens dus «pour la chapelle de Montaigle, pour la chapelle de Bouvigne». Les noms de famille sont, à l’époque, par exemple Le Grand, Le Petit, de Fainglaens. de Faing, de Flun, de Hontoy, Houillet et même Bien-Aimé. L’église de Molin (Monastère de Moulin) est au nombre des redevables: le dernier. Pour conclure: «Les cens des dits montent à seize sous lovignis, 4 deniers el ne peuvent décroître. S’il y falloit 1 denier, le lieutenant de l’église de Brogne peut faire faute sur tous les autres».
Nouvelle liste avec nouvelle mention de maître Guillaume dit de Weys (Dewez) qui mourra en 1439, laissant à l’abbaye la fondation d’un anniversaireQui est ce «maître» Guillaume (dit) des Weiz, qui «tient le contrepan» de la rente d’un muids d’épeautre pour l’abbaye, sur une terre que Moriaulx de Maredret acheta à Frankart de Falaën.? Il est désigné comme mair (e) du lieu.
Quant à la dîme garantie par les bulles papales, elle est l’objet d’une convention. L’abbaye, y déclare Nicolas de Lesve, avait coutume de percevoir toutes les dîmes, grosses et menues, et d’allouer au curé 20 livres tournois pour sa part. Mais un accord a été conclu - on ne nous dit pas, hélas! à quelle date - avec le curé Thumas, au terme duquel c’est lui qui percevra désormais toutes les dîmes, à charge pour lui d’assurer à l’abbaye 5 muids d’épeautre et 5 d’avoine, à l’église un marlier, des ornements, et, à la ville enfin - ne vous étonnez pas, lecteur, car il s’agit ici d’une servitude habituelle de la dîme: le chairier (receveur) de Montaigle, qui la perçoit aussi, en devra autant à la communauté de Bioul - un taureau et un verrat. L’abbaye aura ses charges aussi, comme en cas de «ruine» de l’église. De quoi acte a été passé devant le notaire Jean de Maherinne (Maharenne).
Le texte est de grande importance pour qui se rappelle le rôle de la paroisse à l’époque: elle est entité politique et sociale. Ce sont les paroisses qui fixeront un jour, presque partout, les limites des communes rurales modernes. Dom Nicolas constate que Falaën est paroisse, puisqu’elle a un curé, au début du XV’ siècle, mais personne ne dira jamais quand cette paroisse fut érigée. c De temps immémorial» dit le Répertoire général, à l’Evêché de Namur. Les archives, en effet, ne remontent pas, sauf exception, au delà du XII’ siècle et mille ans de christianisme en notre pays sont presque sans histoire. Mais peut-on imaginer que, même avant l’an mille, une petite agglomération ait vécu sans église, sans prêtre et sans culte? Le souvenir de grands saints missionnaires comme Materne, du IV’, et Lambert, du VII’, ne permet guère de le croire. L’abbaye de Brogne est née au X’ siècle. Mais avant?
Au XlII’, l’administration comtale qui établit les cens et rentes du Comte verra briller 30 feux à Falaën, ce qui pourrait bien représenter une centaine de personnes en âge d’obligation dominicale. II est vrai qu’un autre dénombrement, le plus ancien qu’eût trouvé Adolphe Bequet, de 1406, n’en relevait que 10.… Faut-il croire à un exode de la population? L’église demeurait: même elle tombait en ruines quand ses mambours ou fabriciens allèrent solliciter la châtelaine de Montaigle, Jeanne de Harcourt, dont nous savons la mort en 1455, de les aider à la rétablir.
C’était donc une petite et vieille église. A qui dédiée? Cela est si peu indifférent que cela nous permettrait de lui conjecturer une date d’érection. Expliquons-nous. Les saints, auxquels sont dédiés traditionnellement les églises, ont leurs dates chacun, celle de leur mort, de leur canonisation, de leur popularité en telle ou telle région. Ainsi n’imagine·t-on pas un édifice consacré à Sainte Thérèse de Lisieux avant sa canonisation par Pie XI, en 1925, ni même longtemps après. Contentons-nous de cet exemple.
Quant au patron de l’église paroissiale de Falaën, ce fut toujours, semble-t-il, saint Léger, Leodegarius, évêque d’Autun à l’âge sombre des Mérovingiens, qui, ayant eu maille à partir avec Ebroïn, maire du palais de Neustrie, fut odieusement martyrisé: achevé le 2 octobre 678, sous l’insignifiant Thierry III, il fut bientôt vénéré comme saint el «dès le début du VIII” s., ses reliques furent répandues dans toute la Gaule». Que notre pays ait aussi vibré de cette collective émotion, six autres anciennes églises de l’actuel diocèse de Namur suffiraient à l’attester, qui ont aussi saint Léger pour patron: Bohan, Furfooz, Etalle, Maffe, Miécret et Saint-Léger. II y a là une vraisemblance à ne pas négliger d’autant plus que le cimetière franc de Foy atteste l’occupation du lieu à cette époque. La paroisse de Falaën pourrait remonter au VIII’ siècle.
Le cas des Hayettes, où Nicolas de Lesve mentionne aussi une chapelle, où ne se trouve qu’une ferme-moulin, mais très isolée dans le creux de la vallée du Flavion, au bout de longs chemins combien moins commodes, moins sûrs, moins fréquentés, moins surveillés au moyen-âge qu’aujourd’hui, n’est qu’un exemple entre cent. A celui qui peut, en pareil cas, dédommager un prêtre disponible - et il y a pour cela la dîme - l’Eglise ne refuse pas une chapelle domestique. Un monastère, avec son influence, ses moyens, ses garanties, auquel on remettra la dîme, pourra bien y pourvoir: c’est là une solution fréquente.
Ce «patronat» souvent exercé même par les laïcs, avait au XII’ siècle, passé assez généralement aux abbayes; Saint-Gérard le remplira pour Falaën comme pour les Hayettes. Mais ici, avec le temps, avec la multiplication des paroisses qui retiendront les prêtres, avec aussi l’amélioration des moyens de communication et même des moeurs, la chapelle disparaîtra. Au XVII” siècle, dom Massart, dernier chroniqueur de l’abbaye de Brogne, le notera: la chapelle a été remplacée, dit·il, par «un four à cuire le pain». Aujourd’hui, le four même a disparu, mais on sait encore où il était: là donc, c’est-à-dire dans un angle du bâtiment qui longe le ruisseau, fut d’abord la petite chapelle domestique.
Les seigneuries et propriétés de l’abbaye de Brogne sur Falaën et les Hayettes se perdront, elles aussi: au XVII’ siècle, dom Massart les ignore. Il est vrai qu’il n’a pas sous la main le plus clair des archives de la maison, transportées au palais épiscopal de Namur, d’où hélas, elles disparaîtront à la Révolution. Les documents nous manquent donc sur ces aliénations, que l’on pourrait peut·être rapprocher des difficultés financières éprouvées par l’abbaye au XV’ siècle, à cause notamment de la rançon qu’il fallut payer pour l’abbé Guillaume de Graux (mort en 1483), fait prisonnier par les Dinantais. Ceux-ci même firent beaucoup de dégâts en 1429-30, brûlant jusqu’à 330 fennes du comté. Brogne, pour libérer son abbé dut en hypothéquer plusieurs dont celle de Sosoye, à ce qu’on disait au temps de dom Massart. Les finances de l’abbaye ne devaient jamais se relever.
Les comptes de l’abbaye mentionnent en 1527 seulement, comme redevances, 2 heaumes pour un courtil à la Pisselotte, 2 oboles parisis pour deux prés au Brou, et une poule «devant le Tilleux». Ces droits seront perçus par le prévôt de Sosoye, intermédiaire naturel entre Falaën et Brogne. Plus rien les années suivantes, sauf la dîme des mynieres en 1545-47.
De ses possessions à Falaën, il reste donc peu de vestiges. Une dîme, par exemple est encore mentionnée dans les comptes de 1685, une année comme les autres, copiés par dom Massart, parmi les dîmes de treize autres paroisses, mais celle de Falaën est l’avant-dernière en importance. Encore est-elle maintenant pour l’évêque de Namur, comme les deux tiers des revenus de l’abbaye. D’autre part, dans des transactions, on trouve spécifiée la «mesure de Brogne» et la justice «Monseigneur Saint-Pierre de Brogne» ou «la cour que les seigneurs abbé et couvent Monsieur Saint-Pierre de Brogne ont jugeant à Falaën» fonctionnera jusqu’en 1686 au moins, qualifiée ça et là de foncière ou trèsfoncière. Elle juge d’ailleurs aussi à Weillen, où l’on sait que l’abbaye a des biens.
En 1649, Jacques Sameré, résidant à Falaën, mayeur de la cour Saint-Pierre de Brogne, reçoit de Norbert Jamart, receveur de Mgr. le Révérendissime évêque de Namur, au nom de celui-ci, commission pour trois ans de percevoir les droits seigneuriaux. (qui lui reviennent comme abbé de Saint-Gérard). Le 11 décembre 1660, Pierre Auxbrebis vend à damoiselle Anne de Lonnoy pour 93 1/ 2 patacons «certain canton de bois communément appelé La Haye de la Pislotte située en la hauteur de Falaën mouvant de la basse courte St-Pierre de Brogne».
Le 9 février 1690, dom Ignace Reumont, moine de Saint-Gérard el prévôt-curé de Sosoye, «a reçu en notre présence, acte la cour, les deniers capitaux de trois florins de rente sur la maison, grange, estable, jardin appendices à appartenance d’André Makair.». Ainsi sans doute achève de s’effilocher la propriété foncière de l’abbaye à Falaën.
Sans doute est-ce ici le lieu de mentionner les droits acquis au long du moyen-âge par d’autres monastères sur la dîme: un rapport de visite pastorale sous l’évêque Ferdinand de Berlo, en 1701, cite comme décimateurs, outre le curé, les abbés de Floreffe, Waulsort et Leffe. Mais, et ceci est normal à l’époque, «ceux-ci se refusent à remplir leurs obligations malgré qu’ils me paraissent y être tenus». Ils paraissent! Mais l’institution est si usée, après avoir servi d’instrument d’échange depuis des siècles, que le sens s’en est perdu. Les débiteurs qui cédaient leurs dîmes et les créanciers qui les acquéraient se spécifiaient à l’unisson que c’était sans charge aucune, alors que le vieil usage en exigeait un tiers pour le curé, un autre pour la fabrique, le troisième pour les pauvres.
Nous ne clorons pas ce chapitre des moines sans mentionner la seule vocation religieuse que nous ayons trouvée à Falaën: celle du bénédictin de Waulsort dom Anselme Noël, qui participe à l’élection abbatiale de 1729. L’histoire n’en dit pas davantage de lui, mais que dire d’un bon moine?

4 - LA GLOIRE DE MONTAIGLE
En 1216, et précisément le vendredi dans l’octave de la Toussaint, Philippe II, marquis de Namur, confirmant le geste de ses père et mère, Pierre et Yolande, acté l’année précédente, donnait, entre autres faveurs «à son cher et féal Gilles de Berlaimont et à ses héritiers à perpétuité, en fief et en hommage lige, le rocher de Faing, Tupem de Faing, la maison, les eaux et les aisances dans la forêt de cette terre» et, ajoutait-il de lui-même, «ses villa.de de Montaigle et de Manneres. le moulin de Hayettes et son ban et tout ce qu’il possédait dans la villa de Faing et ses dépendances». Montaigle
C’était un beau domaine, digne d’un pair du comté comme le Sire de Faing, pensera sans doute le promeneur d’aujourd’hui qui aura parcouru ces bois. ces rochers, ces gorges sauvages, et longé le Flavion dans sa vallée étroite et sinueuse, un paradis pour les chasseurs! Tout cela est resté tel, par la force de la nature, qu’il y a mille ans.
Le domaine comportait une habitation. outre la ferme de Montaigle. qu’on appellera plus tard Montaigle-Ia-ville pour la distinguer du château. L’autre villa ou ferme, «Manneres» a disparu mais sans doute entre le village et les Hayettes, le lieu dit aujourd’hui «Mnère» en indique-t-il la situation. Le moulin des Hayettes est banal. Quant à la ferme de Faing ou Foy, si la partie en revenant au marquis de Namur n’est pas autrement définie, bientôt Gilles de Berlaymont, fils du précédent, puisque nous sommes en 1289, et son héritier, va l’acheter de Jehan de Rochefort, seigneur d’Orjo et de Château-Thierry.
A lui était ce «vi tchestia», manoir féodal sur l’emplacement duquel sont bâties les deux fermes actuelles de Foy. Depuis quand cette famille était-elle installée sur ce sommet? Une page de Nicolas de Lesve rapporte une tradition d’après laquelle, dès le VIII’ siècle, un Jean de Rochefort, seigneur de Faing, aurait bâti à Sosoye une chapelle à Notre-Dame et serait allé chercher pour elle en Terre-Sainte des reliques mirobolantes... Quelle que soit la valeur d’un tel témoignage, libellé six siècles plus tard, c’est un Faing. Thierry. qui cède à l’abbaye de Brogne la dîme de Sosoye qu’il tenait en fief, comme sa terre, du comte de Namur, en 1210. Mais Jean de Rochefort, sire de Faing-la-VilIe, par devant le bailli de la terre de Namur, en 1294. cédera tous ses droits sur ses eaux, terre et bois de ce fief, avec toutes justices, hautes et basses, à Gilles de Berlaimont. Or, leur domaine ainsi achevé, le nouveau comte de Namur, Guy de Dampierre, le rachète aux Berlaimont, dès 1298. pour 9.000 livres tournois. Quelles qu’aient été alors les vues du comte Guy, c’est son fils, Jean de Flandres, qui, dans ce cadre austère et grandiose, va entreprendre de bâtir sur le rocher de Faing, le fier château, le plus grand et le plus beau des comtes après celui de leur capitale, celui dont les ruines pathétiques feront rêver les poètes aux jours du romantisme:
Montaigle, vieux donjon battu par tant d’orages,
Où le fer moissonna tant de guerriers divers.
Salut! je viens m’asseoir sur tes débris sauvages,
Et, remontant le noir torrent des âges,
A tes longs souvenirs attacher quelques vers.
Ainsi entonnait le poète namurois Alfred Nicolas, alias Fran·çois-Charles-Joseph Grandgagnage, pour fournir une épigraphe à l’excellente monographie d’Alfred Bequet. Mais avant de suivre le poète vers ces évocations de carnages, il faut sans doute justifier la présence d’un château-fort en ce site. Or, cette vallée est une des voies d’accès de l’Entre·Sambre·et Meuse, comté de Namur, face à une principauté de Liège souvent hostile. Ce fort, qui obturera ce passage, sera un appui pour Bouvignes, autre forteresse du comté, dont on se rappelle la longue lutte, longtemps froide et par moments brûlante, avec Dinant. Entre Montaigle et Bouvignes, un vieux chemin par Sommière maintenait la liaison.
C’est aux Dinantais et aux Liégeois, leurs alliés que Montaigle résista, après avoir connu, semble-t-il, tout un siècle de paix. Derrière son pont-levis et tout son appareil défensif, avec prisons et oubliettes, et tout autour, des casernes et des basses-cours, il avait de somptueux appartements et même une chapelle dédiée à sainte Catherine, dont précisément la bulle d’érection par le pape Clément V permet de dater la construction du château: le document est de 1309. Bref, tout ce qu’il fallait pour une résidence seigneuriale, qu’égayèrent par ailleurs le cliquetis des tournois et les chansons des ménestrels.
Le cadet de la maison de Flandre·Namur, Guy, à qui cet apanage était destiné, n’en profita guère: tué par une pierre au siège de Brescia dès 1311, il le laissa en douaire, à sa femme. Marguerite de Lorraine, qui, quoique remariée dès 1313. en jouit sa, vie durant, soit jusqu’en 1349. Son second mari, comte de. Looz et de Chiny, en avait relevé le fief du comte de Namur, qui avait tenu d’ailleurs à maintenir son droit de chasse sur ce territoire.
En 1406, le comte Guillaume II vint lui·même visiter la forteresse, dont l’équipement défensif lui tenait à coeur: du moins les comptes témoignent de préparatifs pour le recevoir.
Plus tard, ce fut à son tour sa veuve, Jeanne de Harcourt, qui fut reine à Montaigle; c’était la seconde femme du comte Guillaume Il de Namur, à qui, ne lui ayant donné qu’une fille morte en bas âge, elle survécut 37 ans. Elle avait à son tour reçu le château pour douaire. Elle était d’une illustre famille normande, cousine germaine du roi de France Charles VII et, par ailleurs, plus savante que femme de son temps. Elle devait mourir centenaire en 1455, non pas à Montaigle, mais à Béthune. L’histoire a gardé au moins un souvenir de sa bienfaisance et de sa piété: nous avons vu que les mambours de Falaën, en quête de resources pour relever leur église, ne frappèrent pas en vain à la porte de la comtesse. On lit, en effet, au livre des comptes du domaine de Montaigle, année 1452·53: «Aux mambours de l’église de Fainglaens que Madame leur a fait de grace en ayde de la réfection d’icelle église qui alloit en ruyne, leur a le dit choirier (intendant) délivré au command de ma dite dame, espeautre... 10 muis».
Est-ce elle ou une autre qui revient flotter sur les ruines à l’heure des fantômes? Du moins y a-t-il des légendes de châtelaines héroïques de Montaigle. Henri de Nimal en raconte une dans ses Légendes de la Meuse. Le fils du Seigneur de Berlaymont avait enlevé la fille du Seigneur de Bioul: les deux voisins étaient ennemis. Le Sire de Bioul bondit jusqu’à Montaigle provoquer le ravisseur en duel. Mais la jeune femme, à l’instar des Sabines antiques, se précipita entre son amant et son père: elle y perdit la vie on l’appelle Midone.
L’autre légende est celle rapportée par Bequet. Montaigle est assiégé. La châtelaine obtient de l’ennemi un sauf-conduit pour s’échapper. La voilà qui sort du château avec un énorme balot de hardes sur la tête. Lentement, elle remonte la pente de la vallée, puis s’affaisse épuisée, pour ne plus se relever. Du fardeau qu’elle a déposé, sort le châtelain.
Mais il faut revenir à l’histoire. Elle est tragique pour l’altière forteresse en laquelle peut s’incarner le prestige de ces comtes de Namur devenus empereurs de Constantinople. Au cours de la campagne 1429·1430 qu’ils menèrent contre les Namurois, les Dinantais l’investirent et, s’ils ne la purent ruiner, du moins pillèrent et incendièrent basse-cour et dépendances, comme ils firent de trois cents fermes et trente-trois châteaux du comté. «Montaigle même écrit l’historien Fisen en son latin, que plusieurs appelaient autrefois le château de Fain (Faniae), ils le souillèrent de telle sorte que de son éclat antérieur, il ne put jamais se relever jusqu’à l’ombre». Les Dinantais revinrent en 1466. Seulement le comte de Namur était maintenant le Duc de Bourgogne. On sait la terrible vengeance que le Téméraire devait finalement tirer de leurs fanfaronnades et de leurs provocations. On sait comment le terrible sac de Dinant, en août 1466, termina un trop long et trop impitoyable conflit.
Les Français prirent la relève. On sait la longue rivalité entre France et Bourgogne: celle-ci, désormais comprenait nos provinces. Dès lors, écrit encore Bequet, «on se ferait difficilement, aujourd’hui, une idée exacte de la condition malheureuse des habitants des bailliages de l’Entre-Sambre-et-Meuse, Bouvignes et Montaigle, à la fin du XV’ siècle et au commencement du XVI·. Toujours sous la menace des seigneurs de Sedan et de leurs brigands, ils avaient en outre à craindre les troupes étrangères allemandes que les archiducs leur envoyaient pour les défendre, et qui ne les pillaient guère moins que leurs ennemis». Ce n’est pas celle soldatesque qui pût achever Montaigle, mais son heure approchait.
En 1554, Henri II, roi de France, en guerre avec Charles-Quint, envahit l’Entre-Sambre-et-Meuse, venant de Givet. L’empereur, surpris comme on l’est toujours par une invasion, fit évacuer le vieux château-fort et concentrer ses troupes autour de Namur, qui ne devait pas être prise. Les soldats du roi se plurent à faire sauter Montaigle, le 10 juillet précisément. Il ne sera jamais relevé: le moyen-âge aussi s’était écroulé.
Le capitaine de Montaigle apparaît dès le XIV’ siècle comme Bailli de Montaigle. Il y avait alors dix bailliages dans le comté de Namur et celui-ci comprenait douze agglomérations: outre Falaën et Montaigle, Annevoie, Rouillon, Foy, Marteau, Maredsous, Maharenne. Haut-le-Wastia, Salet, Moulins, Warnant. La charge était assez enviable pour qu’on se la disputât jusque devant le Grand Conseil ducal (de Malines). On peut lire dans ses décisions, une histoire qui nous parait presque incroyable. Voici.
C’est au début du règne fragile de la pauvre Marie. que la mort tragique du Téméraire, le 5 janvier 1477, avait bombardée duchesse de Bourgogne. Elle avait épousé, le 19 août suivant, Maximilien de Habsbourg, dont le nom est associé au sien en tête du document que nous citons, daté de Gand, 13 février 1478. Il expose que Mélis de Gorroy a été nommé bailli et capitaine de Montaigle mais que, quand le capitaine du château de Namur, chevalier de Longchamp, se rendit avec lui sur les lieux pour le mettre en possession, ils trouvèrent les portes obstinément fermées… Le château était tenu, et depuis plus de vingt ans, par Guillaume de Rosimbois, un vieux serviteur des ducs de Bourgogne. Mais il était né, non «en notre pays et comté de Namur», ce qu’exigeaient les privilèges locaux, car «il était natif de notre pays et comté de Flandre». Sans doute son fils Guillemot ne partageait-il pas celle disgrâce, mais il était vraiment trop jeune pour commander une forteresse en frontière. La sentence concluait à un nouvel examen sur place de la question et au maintien provisoire de Melis de Gorroy. Son nom, en fait, ne figure pas dans les listes des baillis que nous donnent Bequet et Gérard, qui se prolongent jusqu’à la fin de l’ancien régime. montaigle_ruines
Ce que coûte au trésor, sur la fin de son temps, l’entretien de Montaigle, un document récemment publié par M. BAELDE et la Commission Royale d’Histoire le révêle: “ Aux portiers et guetz du chasteau de Montaigle: 36 muyds; Et au receveur: 13 muyds... Bailly de Montaigle: 516 (livres) 4 sols.». Il faut comparer avec les autres postes, Bouvignes par exemple.
Quant à la chapelle du château, il y était attaché un bénéfice qui comportait à l’origine 25 livres parisis pour le chapelain. Après la ruine, ce revenu ne pouvait être perdu pour l’Eglise. Aussi, quand ils fondèrent la paroisse de Sosoye, à laquelle furent rattachés Foy et Marteau, les archiducs Albert et Isabelle convinrent-ils avec l’évêque de Namur qu’il passerait à cette nouvelle paroisse.
Sur le rocher de Faing, le temps, les intempéries, les pacifiques manants des alentours, habiles à exploiter la carrière ouverte à tous, continueront pendant trois cents ans l’oeuvre des guerriers. Citons ici le cahier d’observations personnelles laissé au presbytère de Denée par l’abbé Nicolas Aigret, qui y fut curé de 1842 à 1874: «Ces ruines sont visitées par une grande quantité d’étrangers et surtout par les Anglais. Elles appartiennent aujourd’hui à Madame de Bogart, rentière à Gand. Cette dame avait jadis une prédilection toute particulière pour ce manoir pittoresque, elle y venait passer les jours de la belle saison et elle s’y était fait disposer un quartier, mais elle a, depuis plusieurs années, oublié complètement Montaigle, qui se trouve livré à toutes les déprédations, on va en arracher les pierres pour construire les habitations et des remises».
Il nous paraît aujourd’hui difficile d’admettre que les ruines, en l’état même où nous les montre une lithographie du milieu du siècle dernier, aient pu servir encore de résidence à des civilisés. Voici cependant ce que nous écrivait M. Jean deI Marmol, leur propriétaire décédé en 1971: «Dans la première moitié du XIX’ siècle, les ruines appartenaient à une famille gantoise, qui s’appelait Van den Bogaerde. Cette famille occupait un coin des ruines (la partie à droite dans le fond de la grande cour). Je me souviens très bien que pendant mon enfance, on voyait encore des traces de tapisserie sur les murs. C’est à cette même famille que le comte de Beauffort, président de la Commission des Monuments et des Sites, a racheté les ruines pour qu’elles ne servent pas de carrière aux gens du pays. (Le même comte de Beauffort a racheté à l’époque la porte de Hal aux démolisseurs et c’est ainsi que celle ci a été protégée). Le comte de Beauffort les a vendues à mon grand oncle Eugène deI Marmol, président de la Société archéologique de Namur».
Des moignons de tours se lèvent toujours vers le ciel, témoins pathétiques de luttes fratricides, sinon, comme dirait le misanthrope, de la stupidité humaine… Aux alentours immédiats vivront toujours quelques manants, comme ce Jehan le Forgeur, que le Conseil de Namur a condamné pour avoir laissé paître ses pourceaux «es bois et hayes d’une cense appelée Maharenne assise en nostre comté de Namur lez les villages de Montaigle, de Denée et Sozoye…» comme s’exprime le Grand Conseil de Malines, qui le déboute de son appel et le condamne à «payer le dommaige et double dommaige faits par ses pourcheaulx», le 28 février 1521, et cela quoique les gens de Montaigle se soient joints à l’appelant pour affirmer leur droit. Mais ils avaient affaire à forte partie, car, le propriétaire, sinon le fermier de Maharenne. Gérard du Saulthoir, était receveur des domaines de Samson.
Ceci n’est qu’un cas entre mille des contestations occasionnées par l’usage plus ou moins loyal du droit coutumier. Un indice de la vie religieuse? Ce serait par exemple cette vocation de Prémontré relevée dans la liste des chanoines de Floreffe: Frère François de Mousson, reçu en 1504 et mort curé de Solre-Saint-Géry en 1522, est dit: de Montaigle.

5 - VIE QUOTIDIENNE AU TEMPS JADIS
L’histoire du château de Montaigle, qui nous a amenés jusqu’au bord des temps modernes, nous a révélé la précarité de la vie paysanne sur les plateaux de Foy et de Falaën au bas moyen âge. La forteresse des comtes de Namur, puis des ducs de Bourgogne et même de l’empereur Charles-Quint, du haut de son piédestal rocheux, ne dépassait pas les bords de la vallée qu’elle était chargée de fermer aux agresseurs: elle ne pouvait protéger les campagnes environnantes des coups de mains et des pillages.
Nous savons par ailleurs, car le sol ne change pas, combien laborieuse était, mais jusqu’à hier, la vie des cultivateurs: tous l’étaient, ou presque, ici. La terre, pas trop fertile en moyenne et travaillée avec des outils rudimentaires, ne rendait guère, autour de 1300, que trois ou quatre fois une graine semée clair: cette estimation résulte d’une vaste et perspicace enquête moderne. Sans doute depuis lors. l’agriculture progressera, mais si lentement jusqu’en plein XVIII” siècle! D’ailleurs, la population augmentera aussi, et donc les besoins. La culture est régie par le principe ancestral et protégé de l’assolement triennal incluant une année de jachère. Des quantités de terrains communaux restent en friche, trieux ou bruyères. La fumure est occasionnelle, notamment par la vaine pâture, après les récoltes, et bien insuffisante. Il n’est pas question de chauler les terres. Enfin, une véritable révolution agricole, amorcée en pays namurois en 1730, viendra corriger ces déficiences, apportant le perfectionnement de l’outillage agricole, introduisant des cultures nouvelles, comme surtout la pomme de terre, cette nourriture du pauvre, le trèfle pour un bétail multiplié, et même le tabac, pour les gourmets.
Jusqu’alors, on récoltait en ce pays tout juste assez d’épautre et d’avoine, ces denrées qui servaient d’étalon. Le mauvais temps et les pillages amenèrent souvent la misère. Voyez ce chronogramme presque régulier, en tout cas émouvant dans sa simplicité, trouvé à la cure de Bourseigne, qui n’est pas bien loin de Falaën, au-delà de la Meuse:
Mon DIeU, qUe Le graIn est Cher !
Comptez: c’est 1662. A ce moment même, c’est la paix mais dans une période de guerres et de troubles presque continus qui s’étend sur un siècle et demi, ruinant nos provinces, de Philippe II au Traité de la Barrière de 1715, en attendant les conquérants démocratiques et dépenaillés de la Révolution, qui dépasseront en capacité tous leurs devanciers des âges obscurs.
La population qui occupait tout le territoire de l’actuel Falaën n’était pas uniquement vouée au travail du sol. Les deux ruisseaux qui le traversaient et s’y rejoignaient animaient sur leur parcours une précieuse activité. Nous avons mentionné le moulin des Hayettes, que le Flavion faisait tourner depuis le IX’ siècle peut-être. Quant à la Molignée, elle agitait, Dieu sait depuis quand, le soufflet de La Forge et, après avoir repris un peu d’haleine, soulevait le Marteau des métallurgistes du lieu.
On sait que, parmi les richesses de ce pays d’Entre-Sambre-et-Meuse, il y avait assez de minerai de fer éparpillé à fleur de sol. On l’exploita dès avant l’arrivée des Romains. Un compte de l’abbaye de Saint-Gérard mentionne en 1546-47, une dîme des mines à Falaën. Deux noms de lieux, que nous venons de mentionner, témoignent encore de l’usage qu’on en faisait, dans quelque bas-fourneau. Le charbon ne manquait pas sur place, charbon de bois s’entend, qui se préparait ici-même, par le travail des bûcherons et des charbonniers. On peut voir encore aujourd’hui sur les labours de Chertin, les rondes taches noires laissées par les meules où ce bois, habilement coupé el disposé, s’est carbonisé. Il servira à fondre le minerai puis à travailler le fer, dur nous dit-on, qu’on aura tiré du fourneau.
Le métier des ferons était privilégié au moyen âge et, aux temps modernes, la forge ennoblissait. Mais à combien de gens ne procurait- elle pas travail et pain? Bûcherons, charbonniers, fondeurs, marteleurs en vivaient, sans compter les maîtres de forges, comme cet André Moreau, écuyer, seigneur de Bioul, que nous voyons acheter, par-devant l’échevinage de Falaën «tous les charbons et fagots à provenir et jander dans cent et vingt bonniers de raspe» le 31 mars 1675. L’imposant manoir qu’il vient d’acquérir témoigne de sa puissance comme d’ailleurs les avancés de fonds qu’il peut consentir, sur hypothèque bien sûr, à Catherine de Cassal, dame de Moutaigle-la-Ville, en 1741. La ferronnerie était un des plus précieux éléments de l’économie namuroise: jusqu’à la guerre la favorisait.
Naturellement, les mines s’épuisaient et, dès la fin du XVII’ siècle, la concurrence du charbon de terre entrait en lice. En 1817, John Cockerill ouvrira sa première usine à Seraing. Tout de même, nous avons encore connu un vieillard qui habitait précisément La Forge, Augustin Baivy, né à Sosoye en 1865, mort en 1954, qui évoquait devant ses enfants ce souvenir de son tout jeune âge: les ânes emportant de La Forge des saumons de fer pour les porter, par Haut-le-Wastia, jusqu’à la Meuse, à Senenne.
Pour se distraire, les travailleurs avaient la chasse et la pêche, dans une forêt giboyeuse, qui a envoyé plus d’un trophée au Musée de la Chasse de Lavaux-Sainte-Anne, et dans deux ruisseaux toujours poissonneux. Certes, le droit des manants était bien limité par celui des seigneurs, mais fallait-il attendre ceux-ci pour tuer loups, renards et lapins voraces? Nous ne pouvons ici entrer dans le détail, surtout en distinguant les époques. Les habitants devaient avoir aussi quelque droit de pêche. Il y eut du reste, ce qu’on ne sait plus sur place, un étang «sur le pré dit Machurnée» que l’on voit miroiter sur un acte de vente de Gilles d’Auxbrebis à Jean-Robert d’Henrart, le 18 mai 1716. Il coule encore par là un filet d’eau.
De satisfactions intellectuelles, à part les grandes joies du coeur et de l’âme que leur apportaient les fêtes chrétiennes se succédant le long des années, renouvelant toujours l’intérêt de cette messe que Voltaire n’a pas si mal nommée «l’opéra du pauvre», ils ne durent pas en connaître beaucoup. Combien d’entre eux savaient-ils lire? Sans doute quelques-uns l’avaient-ils appris dans les hivers ou les dimanches de leur enfance. Le «marlier» ou sacristain du temps était aussi plus ou moins instituteur. A Falaën, deux procès-verbaux du XVIII’ siècle - le siècle des lumières! - nous renseignent sur la proportion d’analphabètes. «Par devant moy, greffier du baillage de Montaigle» dit le premier, du 2 décembre 1722, «les manans et habitans» ont décidé, pour achever l’église en construction, de vendre des terrains communaux». Suivent 12 signatures et 15 «marques». Même procédure le 25 juin 1745 pour accorder au baron de Moniot, seigneur de Weillen, une rectification de frontière qu’il sollicite et qui paraît avantageuse pour Falaën: ici 19 signatures pour 16 marques. Notons qu’il y a des dames, veuves sans doute, parmi les signataires, chefs de famille.
Ces deux actes nous donnent par ailleurs une idée de l’autonomie dont jouissaient les communes, sous la surveillance d’un mayeur et d’échevins nommés par le seigneur. Le bailli représentait le seigneur pour le ministère public dans les procès de l’échevinage. Au moyen âge, les sentences de cette juridiction souvent qualifiée haute cour sont sans appel. Plus tard, il y aura des recours possibles au Souverain Bailliage et au Conseil provincial, voire au Grand Conseil de Malines. Le pilori - qui vient d’être transplanté du pré voisin dans la cour du château-ferme - est l’emblème, et le sergent, le bras de la justice locale, qui s’intitule suivant le cas, Cour de Saint-Pierre de Brogne, Cour de Falaën, de Faing (Foy) ou du bailliage de Montaigle, ou encore Cour féodale du château de Montaigle. Faut-il le dire? Comme il ne se transmet pas une motte de terre sans acte authentique, comme aussi accidents, délits et meurtres se succèdent en se répétant dans toutes les histoires, il s’est accumulé de l’activité de ces cours durant trois siècles, des centaines de documents. Nous en relèverons quelques faits-divers tout à l’heure.
Naturellement, il fallait payer l’impôt au prince, ce comte de Namur, pratiquement souverain dès l’origine, soit le X’ siècle, bien avant qu’il s’appelât empereur, Charles-Quint, Marie-Thérèse ou Joseph ll. L’histoire reconnaît qu’ils n’écrasèrent point leurs sujets d’impôts. Pourtant les guerres “leur coûtaient cher à eux aussi et, après que le besogneux Jean III eut vendu son comté à Philippe le Bon, duc de Bourgogne, en 1429, les souverains réclamèrent, outre les cens et les rentes et les autres droits coutumiers qu’on leur payait, des aides et des subsides.
ll reste des relevés qui établissent à trois dates successives du XII’ siècle les contributions exigées de chaque commune du comté, et donc de Falaën en la mairie d’Anhée, mais, libellés en chapons ou en muids d’épeautre, ou encore en des monnaies oubliées, que nous ne saurions bien traduire en nos francs mouvants d’aujourd’hui. On les trouvera dans les Cens et rentes édités par Brouwers. Les comtes perçoivent les droits seigneuriaux coutumiers, comme mortemain, formorture, paisnage ou pâturage des porcs (un dixième), soignie (avoine), la taille, qui tire de Falaën 4 livres 7 sols en 1265, seulement 6 sols 3 deniers en 1289, mais 7 livres 15 sols en 1294. Pour cette année-là, la somme de la recette comtale à Falaën est fixée a 235 livres 12 sols, 7 deniers. Si l’on voulait un terme de comparaison, on pourrait se rappeler que, 4 ans après, c’est pour 9.000 livres qu’est vendue la terre de Faing.
Notons au passage qu’un homme de Falaën, Gérard Chavatte. est nommé parmi ceux qui, pour 1294, «on fait la prisie (estimation) de la mairie d’Anhée et d’Anhée par leur sermems». Les princes ne déterminent pas les impôts sans accord des sujets. Si mayeur et échevins perçoivent la taille, la recette comtale est à Bouvigne, mais avec une size (séance) à Falaën à la Saint-Rémy (1er octobre). Dès 1485, une sentence du Grand Conseil de Malines déjà cité nous apprend que l’office du même receveur couvre Bouvignes, Poilvache et Montaigle (bailliage), y nommant Jacques Mathys, contre Jehan Honoré, par trépas de Jehan Salomon. Le receveur, Laurent Cymon était propriétaire à Falaën au début du XVII’ siècle.
La liste des droits comtaux ne s’achève pas, traditionnellement, sans mention de «corvées, ost, chevauchée et toute justice». Or, en cette seconde moitié du XIII’ siècle, où des livres de comptes permettent de jeter un regard sur la vie rurale en Namurois, le servage a disparu, nulle corvée n’est mentionnée pour Falaën; de la participation éventuelle de ses habitants à ost (armée) et chevauchée, soit toutes les aventures militaires des comtes de Namur, nous ignorons tout. Quant à la justice, nous en avons parlé plus haut et nous allons y revenir.
De quoi l’on pouvait deviser à la veillée, outre les impots, les travaux et le temps, les liasses d’actes et de causes des échevinages locaux nous le suggèrent, où sont entassés de multiples faits-divers.
Quelques exemples seulement: Le premier aurait figuré au chapitre précédent, si l’inventaire des sentences du Grand Conseil (de Malines) eût été publié un peu plus tôt: il est de 1971. Une sentence rendue par cette instance suprême, à Gand, le 13 février 1478, évoque une scène pittoresque jouée devant le château de Montaigle, quelques jour non précisés de mars, après le 7, ou d’avril, avant le 25, 1477.
Une brillante cavalcade amenait ce jour·là messire Jehan de Longchamp, chevalier, conseiller et châtelain de Namur, commis pour celle affaire par la jeune Marie de Bourgogne, que le tragique trépas de son père Charles le Téméraire venait de bombarder duchesse de Bourgogne et comtesse de Namur, avec messire Mélis de Garroy, écuyer, que des lettres patentes de ladite princesse, en date du 7 mars, avaient nommé capitaine et bailli de Montaigle. Longchamp vient installer Gorroy. Mais, si le pont-levis est baissé, la porte est fermée et le restera. Le vieux châtelain, Guillaume de Rosimbois, ne prétend pas l’ouvrir. C’est de derrière les créneaux qu’il entendra lecture, donnée devant plusieurs personnes, des lettres ducales de Domination, et il ne verra même pas Mélis de Gorroy prendre possession de la forteresse par «touchement fait de sa main » contre la porte. Mais, s’il y entra jamais plus avant, si les manants de Montaigle et de Falaën le revirent jamais, l’histoire ne le dit pas.
Ce que nous dit le registre du Grand Conseil, c’est que procès s’ensuivit. Rosimbois se prévalut de sa nomination pour grands services rendus à Philippe-le-Bon: il avait plus de 20 ans de fonction en ce poste. Mais il avait un tort, grave à cette heure, celui d’être né natif non du comté de Namur mais du comté de Flandre. Or, profitant de l’impuissance de la pauvre Marie, les provinces belges lui avaient fait signer le Grand Privilège, qui marquait un retour vers un étroit particularisme régional, et elle allait signer encore, en mai prochain, un privilège pour son comté de Namur qui stipulerait que ne pourraient être nommés à des charges comme celle de «capitaine de forteresse » que des sujets «nés natifs de nostre dit pays et conté de Namur ».
C’était le cas de Gorroy (Corroy ?). Mais c’était aussi celui de Guillemot, ou Guillaume, fils de Rosimbois. Son père, cité devant le Grand Conseil arguait de patentes obtenues en sa faveur dès le 4 février 1477. «Mais il est bien trop jeune pour commander une forteresse en frontière! » soulignait obligeamment Gorroy. «Pas du tout. répliquaient les Rosimbois, surtout quand le fils peut se faire aider du père ».
La sentence du Grand Conseil ne se voulut pas définitive, annonçant plus ample examen des données, mais maintenait provisoirement Mélis de Garroy. Il est dommage qu’aucun document ne nous ait conservé le jugement postérieur (avril 1478 7). Ce que nous savons, par les listes des châtelains établies par Bequet et par Gérard, c’est que Godefroid d’Eve est en charge dès 1479. Le Grand Conseil a-t-il mis les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre ? Cela s’est vu.
Le 26 août 1607, c’est d’une petite fille noyée dans le Wez de la forge qu’il est question. Dom Pierre, abbé de Moulin, qui passait par là, est le premier témoin. Fin septembre 1610, enquête par tout le bailliage sur le « dévalisement » de troupes françaises et suisses qui repassaient avec sauvegarde et passeports de Leurs Altesse (les Archiducs Albert et Isabelle). Sans parcourir la kyrielle des dépositions, on peut croire que ce ne sont pas souvent les civils qui ont attaqué les militaires.
Le 15 décembre 1689, information est ouverte, à la requête de Gilles Polchet, lieutenant bailli, par Gérard Lambillon, maïeur de la cour de Faing, sur une rixe violente qui a opposé Lucas Henyot à Crespin du Marteau. Celui-ci est mort et enterré, avec, peut-être, un morceau de couteau dans le corps... Le reste du couteau, la femme de Henyot doit l’avoir jeté à l’eau... La sentence n’est pas connue.
Il arrivait qu’on brûlât une sorcière. S’il est des pages pénibles à lire et à accepter des archives scabinales. ce sont bien celles consacrées à ce genre d’enquête et de procès. On est confondu de l’ineptie des accusations. Une vieille mal fâmée, sortant du bois de Laumont par le chemin de Ftroul, un bâton de chêne à la main, au petit jour, pouvait facilement passer pour une sorcière retour du sabbat. Une autre a empoisonné un homme: avec des poires blettes! Une étude récente, portant sur les années de 1509 à 1646 compte 6 procès de cette sorte à Falaën, mais dont les sentences et exécutions ne nous sont pas connues. Du moins y a-t·il la malheureuse Anne Gengoux, accusée d’homicide, - notamment sur le curé de Rosée, dont elle avait été la servante, avant de devenir, pour cinq ans, celle du curé de Falaën -, de longue et scandaleuse méconduite. de tous les griefs utilisés en ce genre de cause que, sous la torture, les malheureuses devaient bien avouer. Celle-ci, spontanément, dit le procès-verbal, c’est-à·dire sans question ni torture, mais pour qu’il fût châtié, dit-elle, et pût sauver son âme, accusa gravement son patron, le curé Nicolas Sibrecht. La cour, rejetant une atroce mutilation préalable, déjà écrite sur le brouillon du greffier, la condamna à être brûlée, mais d’abord étranglée: c’était le minimum de peine. Le procès s’était déroulé du 9 au 11 octobre 1601, devant la haute cour de Faing, sur requête de Gérard Lambillon, « commis au bailliage de Montaigle et souverain mayeur de cette cour».
Il n’y a guère, grâce à Dieu, d’aussi sombre pages dans les registres de notre justice locale. C’est pour bien moins de chose que s’ébranle, le 10 août 1781, la haute cour de Montaigle, requise par Monsieur le Marquis de Spontin, comte de Beaufort, vers « un bois nouvellement planté lui appartenant et qui a été coupé sur la fin de l’hiver dernier, situé dessous le moulin d’Hayette, pour y visiter le dommage et interest y causé par les bestes à cornes de Jacques Barvau meunier audit Hayette...». Elles y ont été surprises par le sergent Guillaume Ferrière, qui mène la descente sur les lieux. Il en coûtera 14 sols au meunier, décide la cour, soit Philippe-J. Legros, J.-J. Absil, J.-F. Guilmin et Noël (Ferdinand?), échevins. Les plantis sont protégés par la loi pendant 7 ans. Encore le baron de Moniotte, seigneur de Weillen, obtiendra-t-il du Souverain bailliage, en 1789, une prolongation de deux ans pour ceux qu’il a en Rabinisse et en Minier
Pour défrayer les conversations des veillées, il y avait aussi les événements mondains qui retentissaient jusque là, comme les éclaboussants mariages des demoiselles (de) Chaboteau, filles de Messire Henri, conseiller au Grand Conseil de Malines, propriétaire de la ferme de La Tourette, l’une avec don Jean B. Carraciolo di S. Erano, l’autre avec Messire Alexandre de Maintenant, écuyer, capitaine des grenadiers, etc. Les contrats de mariage, des 26 avril 1708 et 27 mai 1709, ont été enregistrés par la cour, comme L’a été, 10 ans plus tôt, l’acte par lequel Messire Nicolas de Nollet, ancien officier de S.A. Electorale de Trèves, seigneur de Bourdon près de Marche et, depuis 1667, propriétaire en Machurnée, fonde une rente annuelle de 200 florins en faveur de sa fille Marie-Thérèse, qui prend le voile chez les Dames-Blanches de Namur.
Il y a des pauvres aussi, à côté des riches propriétaires étrangers ou locaux. Ils ont été prévus par l’Evangile, et l’Eglise leur réserve un tiers de la dîme en ancien régime. La Table des pauvres est présente aux archives, du moins le 9 mai 1787, pour un compte totalisant 57 florins.
Les malades en avaient leur part, bien entendu; notons à Ieur propos que les contagieux étaient, au moyen âge, soigneusement isolés. Nicolas de Lesve mentionne une maladie sur la voie de Sosoye. Plus tard, il semble que l’on ait confié les cas graves ou les longues infirmités à l’hôpital de Bouvigne, objet de plusieurs legs: Ghislaine Maquair, veuve de Henri Pirson, le 4 février 1710, lui fondera une rente de 4 florins d’Espagne, puis, le 5 février 1723, lui cédera sa maison «aux Bruyères de Rome », contre 2 florins de rente annuelle. C’est de cet hospice, le 8 novembre 1653, qu’est daté le testament de Henry Tonon, un homme de Faing, sur son lit de mort.
Ceci n’est qu’un exemple des relations qui unissaient depuis longtemps les localités qui formeront bientôt Falaën avec la ville de Bouvigne, en sorte que l’on comprenne aisément qu’au lendemain de l’invasion française de 1794, cette dernière soit devenue chef-lieu d’un canton en lequel les autres villages fusionnèrent, privés provisoirement de leur autonomie.
Les pages de ce chapitre peuvent suffire, croyons-nous, à évoquer la vie quotidienne à Falaën, autant que nous permettent de la saisir les documents conservés de trois siècles, de 1500 à 1789, ce qui précède étant trop peu de chose. La face de la terre changeait moins vite en ces siècles-là. On pourrait se référer pour Falaën à la description administrative établie en 1763 par ordre de Marie-Thérese, parmi les papiers de la commune.
Reste à nommer les habitants qui émergent de la masse des archives.
Peut-être faut-il remarquer ici la stabilité sur le terroir de quelques familles ou la récurrence de certains patronymes encore portés aujourd’hui, la plupart à Falaën même. On avoue d’abord n’avoir point fait de relevé systématique et exhaustif et l’on ne donne ici que ce qu’on a noté occasionnellement. Nous avons déjà rencontré la plupart des noms de ces bourgeois de Falaën.
Il y a des mayeurs, ou lieutenant-mayeurs ou «mayeurs en ce cas » de l’une ou l’autre des cours locales, souvent de plusieurs à la fois. Nous parlerons tout à l’heure de Gilles Polchet. Les Hantoy (Hontoir) et les Rouillon sont pus baillis de Montaigle que propriétaires en Falaën. Voici, avec des dates, les mayeurs retenus:
1602 Jehan d’Awagne - 1623 Gérard Christophe - 1628 Guilaume Sacré - 1650 Jacques Sameré - 1650-1700 Mathias d’Auxbrebis - 1660-1700 Perpète Delhaye - 1668 Benoit Noël (en ce cas, mayeur...) - 1680 François Wauthier - 1762-81 Philippe.J. Legros - 1795 Jacques Maquair - Echevins? Des Darras, des Guillemin, des Mélot. Etc…
Ajoutons, lus sur nombre d’actes notariaux, les noms Absil, Baudart, de Foy, Godart, Goffinet, Thonon, Vigneron, Vincent.
En 1700, le sergent de la cour de Montaigle est Thomas Blaimont. Le 13 avril 1747, Hubert Maquair prête serment pour cette fonction.
En 1706, le 1’ décembre, Gilles d’Auxbrebis prête serment comme échevin de la cour de Montaigle. Philippe-J. Legros fait de même le 2 mai 1765: il est mayeur de Falaën.
En 1706, André Baily est censier à Foy. En 1794, Jean-Joseph Piret y est fermier pour Madame veuve de la Forge, propriétaire.

6 - SEIGNEURIES MODERNES
Le comte de Namur, Jean m, avait dû vendre son comté, en 1429, à Philippe le Bon, duc de Bourgogne, pour 132.000 couronnes. Ce n’est pas le dernier de nos princes à souffrir du manque d’argent. Les guerres coûtent cher.
Au XVII” siècle, il parut aux rois d’Espagne qui, de loin, détenaient nos provinces, les Philippe IV, les Charles II, qu’il y avait encore quelque chose à vendre dans le comté de Namur, en détail, et ils mirent sur le marché les seigneuries gagées ou par engagères. le souverain érigeait en seigneuries des terres du domaine, moyennant une certaine somme et à la condition de pouvoir les racheter à sa volonté. Ceci ne comportait pas la propriété foncière, dès longtemps distribuée, mais un titre et des droits seigneuriaux, notamment celui de rendre la justice, ou plus précisément, de nommer mayeur, bailli et échevins et de percevoir les amendes.
«Lorsqu’en 1625, l’argent manque pour continuer la guerre avec les Provinces-unies, un projet semblable fut approuvé par Philippe IV, le 30 mai. Le 26 octobre 1626, furent publiées les conditions sous lesquelles les chefs, trésorier général et commis des domaines et finances de S.M. passeront au plus offrant et dernier enchérisseur à titre de gagère, les seigneuries et villages assis sur la province de Namur... ». Suivent 33 conditions, notamment haute, moyenne et basse justice pour l’acheteur.
Il paraît que l’offre connut peu de succès d’abord: en tout cas, le territoire actuel de Falaën fut, à partir de là, réduit en trois seigneuries pour achever l’ancien régime
1. Montaigle et Hayettes.
Le chef de la dynastie locale qui, par le jeu des successions et des alliances, gardera jusqu’à la Révolution la seigneurie de «Montaigle et Haillettes » est Gilles POLCHET. Cet homme de guerre - il est parfois spécifié capitaine - mayeur de Bouvignes, était depuis le début du siècle propriétaire déjà de ces deux terres. Il en acquit la seigneurie par engagère, pour 1.320 florins, par lettres patentes du 19 septembre 1628. Il en fit donc relief devant le Souverain bailliage, à Namur, le 19 janvier 1629, mais pour la transférer sur la personne de son fils Jean-Baptiste, dès le 17 octobre 1632. Il est spécifié que la seigneurie s’étend à une cense, au moulin des Haillettes, à quatre maisons de manouvriers, soit 12 ou 13 bonniers en tout, comprend le droit de chasse et celui de pêche dans le Flavion depuis le pont de Poilvoie jusqu’aux ruines. Notons que dès 1589, Gilles, comme lieutenant-bailli de Montaigle et, en 1620, comme mayeur de la cour de Brogne, préside des séances des cours de justice.
Jean-Baptiste, son fils, ne devait point s’illustrer par les armes mais sous la robe. D’abord avocat, échevin de Namur de 1615 à 1617, il fut successivement Conseiller, Procureur Général et, à partir du 31 octobre 1629, Maître des requêtes au Grand Conseil de Malines, avant de devenir, le 13 mai 1634, Président du Conseil provincial de Namur. Il obtint pour lui et sa postérité, en 1643, un anoblissement que peu, à l’époque, auront mérité comme le grand magistrat qu’il fut. Il mourut le 16 juin 1650 et fut inhumé en l’ancienne cathédrale Saint-Aubaint d’où devait passer intact en la nouvelle l’autel en marbres noir et blanc qu’il avait voulu ériger en l’honneur de Notre-Dame des Douleurs. Au fronton du retable, on peut lire, comme une épitaphe, une page de beau latin renaissant, un peu recherché peut-être, mais plein de grandeur: Vox posthuma Domini praesidis Polchet, equitis aurati, toparchae Aquilae montensis. Son fils aîné Jean-François, qui était chanoine de cette cathédrale, dut veiller lui-même à l’édification de ce magnifique monument, en haut de la petite nef droite.
Son second fils, d’un second mariage, lui succéda sur la terre de Montaigle. L’épitaphe armoriée qui occupe la place traditionnelle pour les seigneurs, dans le choeur de l’église actuelle de Falaën, suffira à notre curiosité sur ce personnage. La voici:
Ici gisent Messire Pierre de Polchet
en son vivant, Seigneur de Montaigle,
sergent-major au service de sa
Mate Catholique qui est décédé
le 23 de janvier 1703 Et Dame
Anne Marie des Barbieux son Epeuse
laquelle rendit l’âme à son Créateur
le 24 de janvier 1705, En ce même
lieu repose aussy Symon-Ignace des
Barbieux Ecuier Seigneur. de Tillieux décédé
le 16 de 9bre 1684. Il faut mourir pour
vivre. Lecteur qui attente le même sort
prie Dieu pour leurs âmes.
Pourtant un autre monument rappelle le premier seigneur de Montaigle qui résida à Falaën, puisqu’il y bâtit le château-ferme aujourd’hui tricentenaire, si l’on en croit les dates de fer accrochées à différents endroits des murailles: 1670, 1672, 1673. C’est qu’en 1664 il avait acquis de Pierre Auxbrebis la cense de Falaën.
Un noble du temps - Pierre, fut créé chevalier en 1664 encore - devait habiter quelque chose qui ressemblât à un château. Celui-ci se présente comme une vaste ferme fortifiée. Un quadrilatère d’une cinquantaine de mètres de côté, formé de bâtiments et de murs, protège une cour intérieure sur laquelle s’ouvre une belle résidence. L’aspect extérieur indique davantage la défense que l’accueil et rappelle des temps où le refuge contre les mercenaires et les brigands s’avérait nécessaire. De hauts murs aveugles offrent leur surface fermée à l’extérieur; trois tours massives et cependant élancées sont flanquées à trois des coins comme des vigies attentives. La poterne d’entrée et des chaînes rappellent le pont-levis remplacé par du solide et postulent des fossés de protection, dont il reste, à droite, une mare à canards.
Mais les siècles ont un peu adouci la rigueur du visage primitif. La toiture des tours s’est transformée en demi-bulbe gracieux ou quelqu’autre contour fantaisiste, très caractéristique. Tout comme à Lavaux-Saine-Anne, la fortification s’est faite demeure, à un moment où la sécurité publique s’était accrue. Le bâtiment d’habitation est vaste et le XVIII’ siècle a donné à son intérieur une douceur de vivre que lui aurait refusée la rigueur médiévale. Pour la découvrir, il faut encore passer des portes, mais ne craignons plus: les douves sont comblées, la poterne s’ouvre large au bout de l’allée et la paisible vie rurale déride ce front sévère, au milieu de la verdure.
Aucun luxe à l’intérieur de la gentilhommière de province qui occupe toute l’aile droite à partir du portail. Seulement une belle rampe d’escalier en chêne: encore est-elle Louis XVI. Sur le palier, dans un renfoncement, un autel, comme aimaient en avoir les châtelains d’alors, avec des armoiries au fronton.
Comme Pierre de Polchet n’avait pas de fils, ses héritiers firent approuver par le Souverain bailliage le 20 avril 1705, le testament conjoint de leurs parents, laissant la seigneurie à leur petite-fille Catherine de Cassal au nom de laquelle sa grand-mère fil relief de la propriété, en même temps qu’elle en relevait l’usufruit pour elle-même. C’est Catherine qui sera la première « Dame de Montaigle el de Falaën ». Elle paraît avoir été à la hauteur de la situation, car nous la voyons nommer maïeurs, baillis et échevins, tour à tour hypothéquer ses biens et acquérir des propriétés. offrir enfin 3.000 florins pour la nouvelle seigneurie de Falaën. En fait, elle l’aura pour moins. Elle demandera tout de suite au Souverain bailliage que « la contingence » de sa seigneurie, pour le fisc, soit déterminée à part du bailliage de Montaigle. Un cerclemenage sera établi le 4 septembre 1753 par J.-J. Stassart, du Conseil provincial. Catherine-Cécile de CassaI fait la charnière entre Polchet et Coppin.
2. Falaën.
Falaën, en effet, devient à son tour seigneurie par engagère, le 4 mars 1753, et c’est Catherine-Cécile de Cassal qui l’achète Pour 2.500 florins. La consistance de cette terre est ainsi établie d’après Brouwers: « En 1673,... une église paroissiale dont le patronat appartient à l’évêque de Namur, 9 à 10 charrues de labour, 100 bonniers de biens particuliers et 40 manants »
Catherine a épousé, en 1710, Louis-Joseph de Coppin, seigneur de Beaussaint descendant de Jean Coppin, seigneur de Conjoux et de Corenne. Leur fils Jean-Bernard sera, depuis 1743, où meurt son père, seigneur de Beaussaint, de Montaigle et, depuis 1768, par décès de sa mère, de Falaën. Il mourra célibataire en 1787. Sa soeur, Marguerite-Catherine, ne relèvera les seigneuries de Montaigle et de Falaën, en juin 1786, que pour les transférer en août de la même année, à son cousin germain, Joseph-Auguste de Coppin de Vecqmont, chanoine de Ciney, qui les donnera lui-même en 1791, « en part de mariage » à son neveu Joseph-Joachim-Feuillen de Coppin. C’est celui-ci que créera baron, en 1816, Guillaume I, roi des Pays-Bas. Ce fut donc le dernier seigneur de Falaën. dont il avait pris le nom. Encore les registres du Souverain bailliage mentionnent-ils un « arrêt » sur le fief en 1791. Mais les armées révolutionnaires étaient aux portes de la Belgique pour abolir le régime seigneurial.
3. Foy-Marleau.
Les deux petites agglomérations, Foy et Marteau, sur les bords opposés de la Molignée, qui devaient, aux jours de l’organisation intérieure de la Belgique nouvelle, rejoindre Falaën dans une unité communale, en étaient assez distantes et avaient d’autres allégeances politiques et paroissiales. Leurs deux territoires avaient été, en 1753 aussi, constitués en une seule seigneurie hautaine par engagère, en faveur d’Adrien-Joseph de la Forge, pour 3.500 florins (lettres patentes du 26 mai 1756). Qui était ce de la Forge? Sans doute un descendant de ces Henrart, dont le plus ancien que nous ayons rencontré, Pierre, échevin de Namur (1585-1607) avait obtenu en arrentement perpétuel la cense de Faing. Odile d’Henrart épousa Philippe-Dominique de la Forge, seigneur Dermain (d’Hermin?).
Les territoires sont décrits par les Terriers, au début du XVII” siècle, sous les noms de La Forge de Montaigle et de Faing.
Seigneurie de rochers et de bois, sans compter les ruines... Tout de même à Foy, maisons et censes «bonnes et mauvaises, 5 charrues (= 150 bonniers, plus ou moins 150 hectares), Coings et prairies par ensembles 18 charées» comme disent les Terrien, en 1602; avec aussi la forge et le marteau pour traiter le minerai de fer: précieuse industrie, nous l’avons dit. Quatre manants à la forge de Montaigle et trois manouvriers à Faing, en 1602 toujours, étaient en outre tous les habitants du territoire. On peut croire qu’ils étaient un peu plus nombreux, mais guère, les sujets du seigneur Adrien-Joseph de la Forge, écuyer et, depuis 1779, de sa veuve à la fin de l’ancien régime.
Un recensement opéré sous la première invasion française (1793) donne ces chiffres de population pour Falaën d’abord, pour Montaigle-Ia-Ville puis pour Foy Marteau :
• Falaën :
Maisons 52 - Hommes 41 - Garçons de 12 ans et plus 27 - enfants 20 - Femmes 43
Jeunes filles de 12 ans et plus 30 - en dessous de 12 ans 41 -
TOTAL de 202 habitants
• Montaigle- Ia-Ville :
Maisons 2 - Hommes 2 - Garçons de 12 ans et plus 9 - enfants 10 - Femmes 2
Jeunes filles de 12 ans et plus 4 - en dessous de 12 ans 0 - TOTAL de 18 habitants
• Foy-Marteau :
Maisons 15 - Hommes 14 - Garçons de 12 ans et plus 11 - enfants 5 - Femmes 16
Jeunes filles de 12 ans et plus 10 - en dessous de 12 ans 8 - TOTAL de 64 habitants
Soit 284 habitants pour le territoire actuel de la commune de Falaën, dont 64 sont paroissiens de Sosoye.

7 -  L’EGLISE EN FALAEN
Nous avons laissé la paroisse au sortir de ses lisières monastiques. Revenons-y pour les temps modernes, non sans prévenir le lecteur que nous avons relativement peu de chose à lui apprendre sur ce chapitre. Les archives paroissiales, en effet, tant au presbytère qu’au dépôt de l’Etat à Namur, sont presque nulles. La cure a plusieurs fois déménagé, même au cours des trente dernières années, puisqu’elle fut brûlée avec le moulin Lekeux, qui lui était contigu, en 1942. Or, chaque déménagement est l’occasion d’évacuer des vieilleries...
Rappelons tout d’abord la place de cette paroisse dans les structures ecclésiastiques du pays. Falaën dépendit jusqu’en 1559, au spirituel, de l’évêché de Liége, archidiaconé de Hainaut, concile (doyenné) de Florennes. A vrai dire, son nom ne figure dans aucun pouillé de ce diocèse antérieur à 1558, soit au moment même d’en sortir: Fallodis alias Fallaynes ecclesia, v. (valet) XL mod. Ceci veut dire une église dont le revenu ou compétence pour le curé, est estimé, selon l’usage du temps, à quarante muids (d’épeautre).
Pour cette époque, quatre noms de curés retrouvés çà et là:
1. Sire Thumas, comme écrit Nicolas de Lesve est le curé qui, vers 1400, signe un accord avec l’abbaye de Brogne sur la répartition de la dîme.
2. Guillaume DELFORGE est mentionné par un arrêt de la cour de Montaigle, composée du bailli François de Hontoy et de sept échevins, en date du 13 avril 1534, qui envoie en succession le comparant Jacques Parmentier, demeurant à Wellin, «par trespas et décès de feu messire Guillaume Delforge, jadis curé de Falaën». C’est un petit parchemin de 20 x 10 cm. avec les sceaux y encore appendus, celui du bailli plus grand et plus lisible. Nous avons quelque rai·son de croire que le «jadis» ici employé signifie quelque six mois avant.
3. Guillaume FABRI est désigné par le délégué chargé, sur la fin de 1533, d’évaluer les recettes du clergé pour la perception de l’ayde extraordinaire accordée par le pape Clément VII à l’empereur Charles-Quint, pour mobiliser la résistance chrétienne contre les Turcs qui ont pris Budapest en 1526, assiégé Vienne en 1529 et restent menaçants... Le curé de Falaën ici nommé «a par an à cause de sa cure tant en rentes d’argent, grains, obits et autres accidens extraordinaires 32 livres 2 sols» dont il paiera «les 2 dixiemes, 6 livres 9 sols 12 deniers» estime le fonctionnaire.
4. Gilles MATA/GNE, curé, fait valoir des droits «comme souverain mambour des pauvres dudit Falaën»: novembre 1573. Il apparaît comme curé de Sommière en 1585.
Or, en 1559, à l’initiative du roi Philippe II, et par l’autorité du pape Paul IV, étaient créés les «nouveaux évêchés» des Pays-Bas, dont celui de Namur: en celui-ci fut compris Falaën, placé dans le nouveau doyenné de Bouvignes. II figure dans le premier pouillé de ce diocèse qui ait été publié, celui de 1639, en trois mots: Falaen, Abbas Broniensis, c’est-à-dire que l’Abbé de Brogne nomme les curés. Mais à ce moment déjà, l’abbaye de Brogne est passée à la mense épiscopale de Namur et l’abbé, c’est l’évêque. Aussi lirons-nous sur un pouillé des environs de 1700: Falaen, quarta capella, valet 20 modios. Collator reverendissimus episcopus Namurcensis. La nomination du curé appartient donc désormais à l’évêque, ce qui était loin d’être la norme en ce temps-Ià, où règnait le patronat. L’église de Falaën est considérée comme quarte-chapelle, soit la troisième et plus petite corpulence d’une paroisse. Enfin l’estimation de son revenu a été réduite de moitié. Peut-être en raison du malheur des temps, de trop de guerres, de trop de taxes? Ou simplement d’après nouvel examen.
Poursuivons maintenant la liste des curés:
5. Nicolas SIBRECHT est mentionné le 7 janvier 1581; le 15 avril 1592, il rédige un acte de vente: «Par devant moi Nicolle Sibrecht, curé...» Sans doute reste-t-il jusqu’en 1604. On sait l’ombre que projette sur sa mémoire le procès de sa servante, Anne Gengoux, brûlée comme sorcière.
Les suivants signent les actes paroissiaux, baptêmes, confirmations, mariages, décès, sur des registres qui commencent en 1604. On sait que le concile de Trente, qui avait réorganisé l’Eglise, fut clôturé en 1563: il fallut quelques années pour que toutes ses décisions sortissent tous leurs effets, partout. Saisis par l’Etat en 1796, les registres paroissiaux sont aujourd’hui aux dépôts des archives. Après cette dernière date, ils sont toujours dans les presbytères.
6. Hubert PETIT commence en 1604 les registres paroissiaux. II mourra en 1610, avant le 14 octobre, car ce jour-là, devant la cour, le curé de Sommière Durdu (?) réclame à sa mère des honoraires de messe. Le 11 avril 1611, aux plaids généraux, sire Pierre Watteleth. chapelain de Senenne, en fera autant.
7. Guillaume de BEFFE (Beffiensis ou a Beffio). 1611-1661. Celui-ci fut donc curé cinquante ans, menant, comme ses collègues sans doute, une vie de cultivateur à côté de son ministère. Mais il fut plus entreprenant que beaucoup, peut-être trop entreprenant. Nous le voyons acquérir des propriétés: deux parties d’un pré à Machurnée, en 1625, une maison avec 5 verges de jardin et un journal de terre, tenant à la fontaine de Herotz, en 1627. Vingt ans après sa mort, on mentionnera encore «une houblonnière qui fut Guillaume de Beffe». Mais sa soeur, qui vivait avec lui, Pirette, et acquit pour elle-même une pièce de terre de Pierre Auxbrebis, n’a-t-elle pas laissé son nom au Pachi Pirelte? - Question.
Le malheur est bien que pour soutenir ses entreprises, le bon curé dût emprunter et laissât quand il mourut, un lourd passif derrière lui à son frère de Dinant et à Pirelle presqu’octogénaire. C’est celle-ci qui devra faire face aux créanciers, devant la cour, dès le 1er août 1661. Parmi eux il y a un Godart à qui sont dûs 50 florins de rente. Mais le plus important est le recteur des jésuites de Dinant, qui réclame 3.000 florins qu’il a prêtés... La succession sera saisie à son profit: ainsi le voyons-nous, le 23 juin 1664, «transporter» contre une rente «le jardin ou héritage ou cy devant fut une houblonnière» et, le 14 août 1668, à Pierre Polchet, «maison, grange, estabIe, jardin, terre à pré» provenant de cet héritage. Le 20. Polchet compte 900 florins au recteur Michel Werbier et au procureur Dieudonné Libert. Entretemps, le recteur avait voulu voir les paroissiens compléter la restitution, si bien que ceux-ci se plaignirent au Conseil provincial. Celui-ci s’occupa de l’affaire le 6 janvier et le 4 mars 1666, mais peu soucieux de se transporter en corps loin de ses bases, il chargea de l’enquête la cour de Montaigle, ce qui évidemment ne fut pas du goût de tout le monde.
Retenons des témoignages celui de Pirette, déclarant que son frère a fait faire quantité d’ornements sacrés pour l’église et les a payés de son argent; un autre, d’après lequel le curé a dit avoir acheté «le retable provenant de S. Gérard » et celui de dom André du Tillieux, prévôt et curé de Sosoye, d’après lequel le défunt lui a déclaré: «qu’il n’avait rien à réclamer contre les manants». Nous ignorons la sentence.
Mais nous savons que les jésuites sont encore propriétaires à Falaën en 1669, puisque, en bons administrateurs, ils font mesurer leur bien par un géomètre patenté de l’Université de Louvain. Le recteur est dit propriétaire «à titre de cessionnaire de Pirette de Baifve sicque héritière du feu vénérable Guillaume de Baifve... ». La description mentionne Pré Pirette, fontaine de Heroz. pré d’Heroz proche la fontaine. N’est-ce pas hérons qu’il faut lire et penser à la Héronnière?
Ce que nous ignorons aussi, c’est qui assura le service religieux de la paroisse jusqu’en 1667. Les registres paroissiaux sont muets depuis 1660. Nulle part nous n’avons trouvé mention de curé, pas même dans le rapport d’un visiteur épiscopal qui parcourt tout le doyenné en 1662, passé de Senenne à Sosoye, où il est le 22 mai, sans remarquer l’église de Falaën, Fen deserta...! On peut se demander si le curé de Sosoye, moine de St-Gérard, ou les jésuites de Dinant, propriétaires ces années-là, n’assurèrent pas le ministère paroissial.
8. Jean GOLENVAUX, nommé, d’après le Répertoire général de l’Evêché, le 20 novembre 1666 (premier des 5 curés d’ancien régime y inscrits), mourut sur la fin de 1684, car on trouve au Registre 3 des Actes épiscopaux, à l’évêché encore, cette mention en latin: «L’ administration (desservitura) du pastorat du lieu de Falaën, vacant par décès, a été confiée à Maître Fiacre Charlier, sous les conditions exprimées dans le contrat passé avec les héritiers» à la date du 6 décembre 1684. Cet intérim ne devait durer que six semaines.
9. Antoine HENON, après un concours, comme le note le registre, fut nommé le 30 janvier 1685. Il restera 10 ans, non sans difficulté avec ses paroissiens. En effet, il reste aux archives de la commune, tout un petit dossier, dont la pièce la plus remarquable est bien un bref sur parchemin, que lui adresse Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre. Ouel en était l’objet? Ce fameux taureau banal, dont il a été question déjà. Le Roi-Soleil lui-même, le 4 décembre 1693, enjoignait au curé de continuer à le «livrer» à la communauté, tout comme il l’avait fait durant sept ans. Il appert du dossier que le curé, mécontent de la portion congrue que l’abbé de Saint-Gérard (l’évêque de Namur) lui laissait de la dîme, avait refusé cette servitude. En suite de quoi, les manants l’avaient assigné, en ces jours d’occupation française, devant la Cour du Parlement de Tournai. Il n’y a ici qu’un exemple de ces multiples conflits sur la dîme qui témoignent çà et là de l’imperfection et de l’usure d’un système qui durera un siècle encore.
Le souvenir du curé Hénon est d’ailleurs autrement attesté jusqu’aujourd’hui: on peut lire encore, un peu usée par les pas, dans l’angle inférieur de la nef droite de l’église actuelle, cette pierre tombale en granit noir qui le concerne:
Icy git Catherine de Halloy espouse de Laurent Henon bourgeoit de Dinant et mère d’Antoine Henon curé de ce lieux laquelle mourut le 23 7bre 1693. Requiescat in P.
10. Claude-Adrien REMION, 18 juin 1695-1718.
11. Nicolas STlENON, né à Namur le 17 juin 1718 (Namuranus). C’est le grand curé... Une épitaphe encastrée dans le mur de la sacristie. contre le chevet de l’église, que l’on n’atteint qu’en pénétrant dans l’ancien cimetière, nous apprend qu’il fut curé 53 ans, qu’il fut de plus doyen 18 ans (la dignité de doyen n’était pas liée alors à l’église du chef-lieu), qu’il bâtit l’église moderne, qu’il mourut le 17 juin 1770, et le qualifie de pastor vigilantissimus.
12. Augustin PETITJEAN fut nommé le 22 août 1770 et resta jusqu’en 1796: la deuxième invasion française a amené la suppression du culte. Que devint alors l’abbé Petitjean? Nous savons qu’il refusa le serment, ce qui entraîna la saisie du presbytère et l’immersion du curé dans la clandestinité.
13. Philippe-Joseph RAHIR, ancien Vicaire de Sosoye, signe des actes, comme curé de Falaën, à partir de 1796 jusqu’en 1832. Il meurt à Falaën, le 7 juin 1837, âgé de 86 ans.
Le concordat de 1801, de Pie VII avec la République française, dont fait partie la Belgique conquise, réintègre le culte catholique en ce pays. Mais les conditions temporelles de l’Eglise y sont profondément modifiées. L’Etat est reconnu possesseur des biens ravis à l’Eglise - un dixième du sol, estime le Professeur Genicot - y compris les églises et les presbytères devenus biens des communes, à charge pour elles de les entretenir, comme à charge pour l’Etat de pourvoir au traitement du clergé. La Table des Pauvres, prise jadis sur la dîme maintenant abolie, est remplacée par l’Assistance publique. Parmi d’autres clauses de l’accord, qui réconcilie l’Eglise et l’Etat, notons une réorganisation administrative, qui placera, en 1803, Falaën sous l’autorité du curé primaire de Dinant. (Dès 1837, on dira: doyen). Mais sans nous arrêter plus longtemps à la barrière entre les deux régimes, nous continuerons la liste des curés....
14. Lambert CASSART, de Bouvignes, d’abord vicaire-délégué en avril 1832, puis, dès 1837, curé jusqu’en 1882.
15. Louis BERTRAND, avril 1882-1888.
16. Jean-Baptiste SERVAIS, 11 février 1888 - 30 mars 1896. Il devient alors curé de Haltinne.
17. Alfred-Joseph LECAILLE, 1er avril 1896-1919. Il était né en 1860 et fut ordonné en 1884. Après sa retraite, retiré à Watermael, il mourra en 1927.
18. Auguste BAISIR 22 mai 1919- 1934. Il était né en 1865, prêtre depuis 1889, il meurt en 1934. Il était frère d’Albert, curé de Biesme.
19. Joseph MARCHAL, 31 mars 1935-1955. Né en 1898, prêtre en 1924, il quitta prématurément le pastorat en raison de sa santé. Retiré d’abord à Watermael, il accepta par la suite, jusqu’à la suppression de ce couvent, la charge d’aumônier du Carmel de Ciney.
20. En été 1955, lui succéda M. J’abbé Jules BOCA, ancien curé de Vitrival et de Vezin, que Dieu conserve!
Nous ne pouvons clore cette liste des curés connus de l’histoire, sans éprouver le regret de ne savoir de presque tous les morts, que des noms et des dates. Mais eussent-ils éprouvé, comme depuis l’époque romantique au moins, le besoin de s’extérioriser dans quelque journal ou Liber memorialis, eussent-ils rédigé des sermons, le temps n’en a rien respecté. C’est dommage pour l’évocation de la vie spirituelle. au cours des siècles, sur ce territoire de chrétienté.
L’église de Falaën était sans doute trop petite et caduque quand le curé Nicolas Stiénon entreprit de la remplacer. On sait que, de la dîme, un tiers était habituellement destiné à la fabrique, ce qui pouvait suffire à l’entretien ordinaire du matériel du culte, non aux dépenses extraordinaires comme pour bâtir neuf et plus grand. Le recours aux décimateurs paraissait inutile. Mais. en pareil besoin, la générosité des fidèles s’offre spontanément.
Dès le 15 avril 1721, les frères Jean et Jacques Mélot «ont été si bien intentionnés» qu’ils ont cédé une lisière hors de leur jardin situé contre le cimetière»... Bien plus, le 2 nov. 1722, les manants sous-signés, «plein d’admiration pour le zèle de leur curé». cèdent «la coupe et excroissance de leur bois de famez, partie de leur aisance...». Suivent 30 noms ou marques. Ainsi l’on «a fait construire ce lieu charitablement».
En outre, le 30 septembre 1723, «à la sortie des Vespres paroissiales», eut lieu un «passage par la communauté... au profit de l’église d’illecque, de plusieurs portions des trieux à sartage à deux dépouilles consécutifs mesurées dans un canton de leurs communes dit aux Bruyères, lesquelles portions devront être artagées et remises en blanc grains l’esté prochain et le marsage après la récolte des grains comme se pratique ordinairement...».
Suivent douze noms d’acquéreurs avec le prix payé par chacun: Hubert, Jean et Jacques Mélot, une (ou deux?) veuve(s) (Gérard) Goffinet, François et Laurent Delhaye, Ghislain et Gérard Maquair, Jean Pirson, François Deloge, François Absil et Jean Charlier, pour la somme totale de 41 livres 18 sols.
La nouvelle église fut bâtie dans le style du temps, en pierre du pays. De sa décoration intérieure, on admirera sans doute les lambris du choeur, avec leurs élégantes moulures transition Louis XV-Louis XVI. Les confessionnaux Régence sont même très gracieusement ornés de dentelles dorées. Ils portent les millésimes 1734 et 1738. Quant aux trois autels, leur plus grand tort est d’être en faux marbre et en baroque décadent; c’était goût du temps. eglise
Sans doute fau t-il conclure les données chronologiques ici rapportées que c’est entre 1723 et 1738 que fut accompli tout l’ouvrage. Mais que reste-t-il aujourd’hui de cette église du doyen Stiénon? La façade actuelle, au-dessus de l’arc d’entrée, au bas du clocher, porte le millésime 1848.
Evidemment, l’église était de nouveau trop petite et sa façade, lisons-nous, très détériorée. Au registre des délibérations du conseil communal, en effet, on voit qu’en 1847 et 48 la «reconstruction» en fut décidée, que le consil aliéna des terrains, invita les paroissiens à des offrandes spontanées, sollicita les subsides de la province et de l’état, souscrivit un emprunt. Sur les plans d’un architecte Coppée, l’entrepreneur Nicolas Degodinn avec des pierres qu’on dut chercher jusqu’à Mettet, allongea l’ancienne église et rélargit de 6 mètres pris sur le cimetière. Il ne semble pas que le choeur ait été touché mais que la sacristie ait été ajoutée alors, enjambant le caveau des de Coppin. Il faut comprendre que les deux basses nefs furent alors ajoutées et sans doute les deux autels latéraux. II en coûta à la commune, propriétaire depuis le Concordat de 1802, la somme de 14.000 francs. Dans le nouveau clocher, Léopold de Coppin suspendait une cloche en 1854, en paiement de la concession de sa famille dans le petit cimetière. La Commission royale des monuments approuva des restaurations à l’église dès 1873. Elle était dans un état lamentable de vétusté et de dégradation quand, en mai 1972, des travaux furent entrepris pour sa remise à neuf. Un chauffage moderne y fut installé
A l’église tenait depuis toujours le cimetière, sur lequel elle ouvrait par une porte spéciale, dans le mur de droite: il n’y reste malheureusement aujourd’hui, outre la sépulture de la famille de Coppin sous la sacristie, que trois ou quatre épitaphes tardives. Au lieu de ce calme enclos au chevet de l’église, bien trop petit malgré de successifs agrandissements, il y a maintenant un nouveau cimetière, plus distant des habitations, comme le veut la loi. Il fut bénit le dimanche Il octobre 1891, à 3 heures après-midi, par le doyen de Dinant Houba. Mais un défunt, Hubert Willot, y avait déjà été inhumé par permission de l’évêque
Tout près de l’église était sans doute, dès l’origine, le presbytère. Un papier du curé Stiénon mérite d’être cité ici, pour nous apprendre ou nous rappeler plus d’un élément intéressant. C’est, pour répondre à une enquête ordonnée par L’impératrice Marie-Thérèse, une «Déclaration des biens de la cure non-amortis» en date du 15 septembre 1753. La cure possède 12 verges de jardin, acquises «par eschange faite avec Monsieur de Nollet, seigneur de Magery (Machurnée), le 7 avril 1724 contre une rente de 2 fl. 9 sols et 2 chapons sur le sens dudit seigneur au lieu de Falaën». Il ajoute: «Tout autre terre, prairie, dîme, vergez, rentes foncières que possède la cure se trouve uni à la cure de temps immémorial comme il conste par le renouvellement d’un registre en date du 1 er octobre 1510, lequel est authentiqué par le mayeur et eschevins de la cour Monsieur Saint Pierre de Brogne doux autrefois la cour foncière de Falaën dependoit... ».
Douze verges, une quinzaine d’ares, cela ne faisait pas un bien grand jardin, quand chacun tirait de son lopin de terre le plus clair de son alimentation...
La subsistance d’un curé était liée aussi à la richesse du sol, d’où provenait la dîme, et au nombre des habitants, qui exploitaient le sol. Le pasteur de Falaën ne devait pas rouler sur l’or. Lui-même le fait valoir, en la personne du curé Petitjean, en 1787, qui soustrayant des revenus (florins 509-13-9) les charges (florins 258-14-9) conclut: « il se trouve pour ma nourriture, entretiens et pour exercer l’hospitalité à bien des religieux tous les ans: florins 250- 19-9 ». Soit un mali de 14 florins... Il compte pour le combler sur une intervention de l’abbaye de Leffe, qui a aussi une part de dîme.
Si quelqu’un veut savoir comment était le presbytère à l’invasion française, le nombre de pièces, celui des espaliers dans le jardin et celui des carreaux cassés depuis la main-mise de la République, il peut suivre dans leur expertise minutieuse les citoyens Wauthier et Oharlier, qui l’exécutent pour le canton de Bouvignes, le 15 germinal an VI (5 avril 1798). Leur procès-verbal est conservé dans les archives des Domaines nationaux, comme l’état des biens dressé le 11 frimaire an VI (2 déc. 1797). Le seul luxe semble être à ce moment le grand jardin de 295 verges, le plus vaste des presbytères du canton. A la date susdite, la maison est louée par l’état au citoyen Jacques Maquair.
Parmi les bâtiments de la paroisse, il faut évidemment compter l’école. On sait que l’Eglise se préoccupa toujours de l’enseignement. Au moyen âge, à Falaën comme ailleurs, le marguillier, ou chantre ou magister, devait tenir école au moins durant les mois d’hiver. A vrai dire, nous n’en avons rencontré pour ici aucun témoignage, mais nous avons constaté que près de la moitié des gens savaient lire. La Constitution belge de 1830, qui proclamait la liberté d’enseignement, laissait à l’Eglise ses possibilités - et ses devoirs - en ce domaine. En 1855, Feuillen de Coppin offrit un don important pour l’établissement d’une école paroissiale et l’entretien de deux religieuses. La moitié des communes du canton - de Dinant maintenant - attendaient encore ce luxe. La Congrégation des Soeurs de la Providence de Champion accepta la charge de cette maison et la tint jusqu’en 1932. Elle reste aujourd’hui l’école du curé, distincte de l’école communale plus récente.
Quelques papiers des derniers siècles de l’ancien regime nous font seuls retrouver certains traits de la vie chrétienne en cette paroisse.
1. Voici une attestation, en date du 2 juillet 1664, de dom André du Tilleux, pasteur de Sosoye, à propos d’un obit fondé à Falaën par Jan Bohy, de 17 sols, pour sa défunte épouse. II l’a payé jusqu’en 1630, puis sa fille Anne a continué tant qu’elle a pu, mais elle est veuve aujourd’hui et incapable... Le pasteur de Sosoye témoigne que son défunt confrère de Falaën n’a jamais entendu que Bohy, qui «ne le pouvoît faire estant vefve» se fût réellement engagé.
Cet exemple peut rappeler la générosité des chrétiens du temps envers l’Eglise, en faveur des défunts. II reste jusqu’en cette année 1970 des fondations toujours honorées à Falaën par des messes anniversaires, 5 messes «hautes» et 10 messes basses, pour les anciennes fondations. C’est surtout pour cela que les ancêtres léguèrent ou offrirent des terres à l’église. CeIle de Falaën possède près de 3 hectares encore, répartis entre les lieux dits Bruyères, Cortil Valentin, Grandchamp, Lormont, Machurnée, Pichelotte, Trieu du Château, Spinette et Rabinisse.
2. Voici, calligraphié, un rescrit épiscopal au nom de Ignace-Augustin (de Grobendonck), daté du 29 septembre 1679, signé de l’archidiacre du comté de Namur, qui n’est autre que le chanoine noble gradué Jean-François Polchet, les seigneurs de Montaigle, autorisant la vente d’une pièce de terre, près de Loumon, contre 3 patacons, pour l’achèvement d’une monstrance du Saint-Sacrement. On sait que le culte extérieur et, en particulier l’exposition, du Saint-Sacrement, sont caractéristiques de ce siècle de contre-réforme, en réaction contre le jansénisme. Selon toute apparence, cette monstrance est celle qui sert encore aujourd’hui.
Notons au passage que la sacristie garde encore un autre souvenir de l’âge baroque, un calice qui porte, sans date, l’inscription: Hubert Makaire l’at donné.
3. Un certain N. Le Rat revendique, en 1685, un droit de nommer à l’autel Sainte-Croix dans l’église de Falaën, en raison d’un patronat. (Déjà un Gilbert Le Rat avait conféré ce bénéfice au prêtre Gérard Marchand, curé de Rosée en 1630. Il présente au doyen (de Bouvignes) comme successeur de Messire Jean Golenvaux. dernier recteur, décédé, Maître Guillaume du Mont, le 15 février 1685.
Ce genre de fondations garantissait une prébende à des prêtres qui célébraient à tel autel, à telles dates et qui, peut-être, rendaient à la famille du patron quelque service particulier.
Qui sont ces Le Rat, sinon des parents des seigneurs? Un Jean Le Rat est mentionné comme beau-frère de Gilles Polchet, dans l’acte par lequel celui-ci passe sa seigneurie à son fils Jean-Baptiste. Ainsi les possédants soutenaient-ils le clergé. Les églises paroissiales, même petites, avaient souvent plusieurs autels, avec leur personnalité. Le plus souvent, il y en avait trois.
4. Un chapelain au château, beaucoup de nobles le désiraient. A l’évêché de Namur, Reg. 3 des Actes épiscopaux, au 20 octobre 1678, on trouve cette note éclairante: « A été concédée au curé de Falaën la faculté de biner au château du lieu les dimanches et jour de fête, en raison de l’infirmité du Seigneur et de la Dame, jusqu’à ce que le Seigneur ait trouvé un chapelain fixe, qu’il a promis de se procurer dès que sa santé le lui permettra ». Le 22 mars 1703, un acte de la cour de Montaigle mentionne «Louis Dubois, prêtre et chapelain de Mme de Montaigle»
Parmi les événements paroissiaux un peu extraordinaires, il y a les confirmations. Les registres paroissiaux ont retenu beaucoup de dates, au long des siècles, de celles des petits chrétiens de Falaën. Nous en avons relevé quelques-unes, sans souci d’être complet.
Ce sera à Bouvignes en 1631; à Ermeton en 1634; à Sosoye, par Mgr de BerIo, en 1698; là encore en 1751; à l’abbaye de Leffe, par un évêque suffragant de Liége, le 4 juin 1766; à Waulsort, par Mgr de Lobkowitz, en 1772. A Falaën même, le 8 octobre 1701 et à l’Ascension de 1742, par Mgr de Berio, et plus d’une fois encore, sans doute, mais la dernière, ce fut en 1909, par Mgr Thomas-Louis Heylen.
Ne rappellerons-nous pas aussi la dernière bénédiction de cloches? Elle est encore proche de nous, car l’ennemi avait, comme d’habitude, dégarni les clochers en 43. Une des deux cloches de Falaën y laissée par lui était fêlée: il fallut donc les remplacer toutes deux. Les nouvelles furent bénites le dimanche 14 novembre 1954, sous le pastorat de M. l’abbé Joseph Marchal. Elles avaient été fondues par la maison Slegers, de Tellin. Anna-Robert, remplaçant Léopold-Thérèse bénite en 1812, enlevée par les Allemands, eut pour parrain M. Robert Ruth, bourgmestre (le plus jeune de Belgique), et pour marraine Mme Anne Delhaye-Legros. Flore-Jacqueline, qui relayait la fêlée bénite en 1850, Anne-Feuillen, eut M. Jacques Gillain et Mme Flore Smet-Robert pour parrain et marraine.
Tout ceci est inscrit sur le bronze et nous fait remonter plus d’un siècle en arrière. Les prénoms Léopold et Feuillen venaient de la famille de Coppin.
Sur la vie spirituelle de la paroisse, sur la religion intérieure de la population, ou même de son clergé, aucun document ne nous éclaire: secret de Dieu, dont parfois, autre part, des institutions - les confréries par exemple - laissent filtrer quelque chose. Du moins, mais c’est au siècle dernier seulement, une ceinture de chapelles atteste les dévotions des paroissiens. Celle qui regarde vers Flun, en pierres et de style roman un peu maniéré, porte l’inscription : salus infirmorum. On la nomme toujours «chapelle Monseu car elle fut élevée sur la propriété du baron de Coppin. Celle des Bruyères est dédiée «à Notre-Dame de La Salette et à Notre-Dame de Lourdes, 1875. Celle de Chession avait été élevée par Augustin Mélot, mais la pierre qui portait son nom avec une date s’est brisée en tombant de dessus la porte, il y a peu d’années. Hier les descendants du fondateur, mûs par un sentiment de pieuse fidélité, ont voulu restaurer le monument familial. Pour inaugurer cette restauration, ils se réunirent à une cinquantaine et assistèrent à la messe que célébrait, sur le petit autel, l’un d’entre eux, le Père Marc (Jacques), de l’abbaye de Maredsous: c’était le samedi 28 août, fête de saint Augustin, 1971.
Celle de Chertin parut si délaissée, en 1969, à un malandrin en automobile qu’il crut pouvoir en enlever les portes, Hélas, pour lui! Un voisin curieux avait noté le numéro de la plaque et l’auteur du vol se retrouva un jour de 1970, devant le tribunal correctionnel de Dinant. La cause n’a pas encore été jugée.
Une des deux chapelles qui se succèdent sur la route de la gare exprime depuis 1896, la reconnaissance d’Arsène Maquair à saint Joseph et à saint Antoine de Padoue; mais l’autre est pour sainte Barbe fidèlement vénérée dans le pays, comme saint Roch à qui J.B. Tonon, en 1853, édifiait aussi une chapelle à Marteau, au bord de la route, non loin d’une grotte de Notre-Dame de Lourdes.
Ces édicules, et cette grotte, sont venus assez tard dans le dix-neuvième siècle. Aujourd’hui déjà, le besoin d’offrir à Dieu s’exprimerait différemment, comme il l’avait fait dans l’ancien régime. II était habituel alors de léguer par testament à Saint-Aubain de Namur, 5 sols, comme font par exemple Jean de Some en 1690 et André Maquair en 1700, ou seulement 3, comme les époux Antoine Soluriaux-Genne Makair, le 9 février 1733. Ainsi, quelques pierres de la cathédrale de Namur sont-elles venues de Falaën. Avec celui des petites chapelles locales, enregistrons le témoignage de ces pierres-là.

8 FALAEN AUJOURD’HUI
Convenons qu’aujourd’hui commence en 1800.
A la campagne, le proverbe est un peu moins vrai qu’ailleurs, qui dit: «les jours se suivent et ne se ressemblent pas ». Les bouleversements politiques qui agitent Ies cités et les royaumes influent moins sur la vie du cultivateur que la succession régulière des saisons, ou L’alternance équilibrée de la pluie et du beau temps. Il y a là une pérennité de la nature, à laquelle les agriculteurs se sentent, plus que les autres, soumis.
Cette remarque virgilienne s’impose au lecteur qui parcourt les registres communaux commencés l’an Xl de la République française une et indivisible. entendez 1803. Le cap de la Révolution est doublé, sans que nous l’ayons aperçu. Il en sera de même pour la chute de l’Empire, qui nous privera pourtant de l’honneur d’être français, et pour la Révolution belge de 1830. Faut-il ajouter les deux occupations allemandes de ce dernier siècle? La commune continue et les registres aux délibérations de ses maire ou bourgmestre, échevins et conseillers, reflètent à peine ces changements de régime et ces vicissitudes politiques.
Maire, ou plutôt maïeur, échevin, commune ou communauté, les mots circulaient comparables sinon identiques à ceux des titulaires d’aujourd’hui; il n’y a plus de seigneurs locaux pour nommer le maire et les échevins, qui rendront la justice au nom du prince, appuyés sur le sabre du sergent, ancêtre du garde-champêtre. Maintenant des élus du peuple, confirmés par le pouvoir central, administreront la commune. Celle-ci elle-même n’est le plus souvent que l’ancienne paroisse. Le cas de Foy-Marteau détaché de celle de Sosoye, comme annexe - ainsi s’expriment plusieurs fois les comptes rendus des délibérations - de Falaën, est plutôt exceptionnel. Cette mairie ressortit depuis 1800 à l’arrondissement communal de Dinant, département de Sambre-et-Meuse. Ainsi les Français organisèrent-ils la conquête de 1794.
Nous donnerons en appendice la succession complète des premiers magistrats de Falaën, qu’on les appelle maire, mayeur ou bourgmestre!
Le premier inscrit au registre de l’Etat-civil, actes de naissances, est le 28 ventose an XI, entendez le 11 mars 1803, François-J. Dujardin, fils de Joseph, qui déclare ne savoir écrire, et de Marie-Joseph Berbis.
Sous le nouveau régime, le dernier seigneur fut 10 ans bourgmestre. Au château-ferme de Falaën, son épouse Anne-Marie de Harlez, donnait le jour le 12 mars 1800, à un fils, leur second, qui, né avec le siècle et ses espérances, allait porter leur nom et celui de Falaën, au premier plan de l’actualié nationale, aux jours où naîtrait la Belgique contemporaine.
Les 24 et 25 septembre 1830, aux premiers jours de la Révolution, Feuillen-Marie-Joseph de Coppin de Falaën se trouvait, à Bruxelles, au nombre des quelques hommes clairvoyants et résolus qui constituèrent le Gouvernement provisoire, au sein duquel il remplit la charge de secrétaire. Elu de l’arrondissement de Dinant au Congrès national, il devait être des 95 qui votèrent pour le duc de Save-Cobourg. Nommé Gouverneur du Brabant ad interim, il accueillit Léopold 1er à la frontière de sa province, le 19 juillet 1831. Il occupa la même fonction jusqu’en 1835. Puis, il revint à Falaën, vivre célibataire, le reste de son âge, ignoré de l’histoire. Il mourut le 10 mars 1887. A la Chambre, le 15 mars, il fut proclamé que « ce citoyen d’élite... a bien mérité de la patrie ». Il était «le dernier lien avec le Gouvernement provisoire ». Un buste le représente au Parlement et, au château de Falaën, un bon portrait en pied, donné par Mme Benoît Desclée de Maredsous, son arrière-petite-nièce.
Ce grand citoyen, remarquons-le ici, n’avait pas droit à ce titre de baron que tout le monde lui donna, sauf les nobiliaires belges. Le titre avait été concédé par Guillaume 1er comme transmissible par primogéniture: Feuillen n’était pas l’aîné.
La famille s’était constitué, par étapes, une propriété de quelque 250 hectares. Une partie en fut distraite pour une soeur de Feuillen, qui épousa Joseph Amand: leur gendre Trémouvoux y fit bâtir, à la mode française du temps, le moderne manoir de Montaigle, qu’Eugène del Marmol allait acquérir peu après. A l’autre bout du domaine familial, sur Maredret, Eugène de Coppin, vers le milieu du siècle aussi, élevait ce château de Beauchène, que MM. Desclée de Maredsous, au début de 1971, ont cru pouvoir détruire sans grand détriment pour le patrimoine artistique du pays.
Le reste du territoire appartenant aux Coppin fut vendu en 1926 à un homme d’affaire bien connu de l’époque, Bernheim, qui le redistribua. François Delhaye acquit la ferme-château qu’occupent aujourd’hui ses fils et petit-fils. Les appartements seigneuriaux abritent maintenant, chaque année quelque exposition d’art qui attire les étrangers. Le tricentenaire fut l’occasion d’une fête folklorique villageoise fort réussie, le dimanche 9 août 1970. La jeunesse du village avait, non sans peine, trouvé un cheval à atteler à une vague calèche, que meublèrent des élégantes en costumes d’antan. Mes demoiselles Rita Vindevoghel et Nadine Senzée, celle-là organisant les ballets, celle-ci commandant les majorettes, réalisèrent la charmante exhibition qui eut les honneurs de la télévision nationale.
Le château-ferme tricentenaire devait être classé par la Commission des Monuments et des Sites le 15 décembre de la même année 1970.
Ouant à la famille de Coppin de Falaën, elle est aujourd’hui éteinte dans les mâles.
Comment ne point distinguer après celle des Coppin de Falaën, une autre famille dont le nom se lit presque sur chaque page de l’histoire locale depuis 1600 et qui la débordera, celle des Mélot ? L’un d’entre eux, Augustin (1770-1859), fils des époux Augustin-Joseph Mélot et Marie-Jos. Delhaye, devait émigrer à Namur et y fonder une banque. C’est son fils que rappelle le «boulevard Ernest Mélot» et pour cause: député, sénateur, ministre, celui-ci fut, de 1895 à 1908, bourgmestre de Namur. Sa lignée devait continuer à faire honneur au vieux nom emporté de Falaën, mais y resté toujours vivant: par deux pierres tombales de l’ancien cimetière, par un «pré Mélot», une «maison Mélot» (la première à gauche de la rue de Chession à partir de l’église) et une «chapelle Mélot». Ce nom, en raison des éminents services rendus à la patrie dans la paix comme dans la guerre par les Mélot de Namur - quatre d’entre eux moururent victimes de la Résistance en 1944 et 1945 - le roi Baudouin l’inscrivit dans la noblesse de Belgique en 1965, avec un titre de baron transmissible par primogéniture
L’impôt du sang caractérisait la noblesse autrefois. Les Mélot l’avaient largement payé au cours de la dernière guerre. Mais d’autres de Falaën tombèrent aussi pour la patrie: 8 en 14-18, 6 en 40-45, plus la charmante épouse de M. Jean deI Marmol, qui, dans la fleur de l’âge, en septembre 1944, succombait aux affres du camp de Ravensbrück, un de ces bagnes allemands qui resteront à jamais la flétrissure du régime hitlérien.
Leurs noms sont écrits sur un palmarès de pierre, au pied de l’église, monument inauguré en 1957. C’est le seul souvenir qui reste des deux guerres... Pourtant, le 14 mai 1940, un obus français avait gravement atteint le haut manoir de Montaigle, y tuant 13 soldats français, et le pont des Hayettes avait sauté... Le lendemain, Rommel faisait du 65 sur la route Dinant-Philippeville.
La terre fidèle, qui rend en fruits, sans oublier les épines, ce qu’on lui donne en peine et sueur, occupe toujours le plus gros de la population. Des fluctuations de la démographie, quelques chiffres donnent une idée:
En 1870; 438 habitants
En 1910; 712
En 1920; 656
En 1930; 557
En 1970; 490
Quelques fermes importantes, celles du château, de Montaigle, des Hayettes, des Bruyères, de Belle-vue, de Chertin, les deux de Foy, et les autres plus petites pratiquent culture et élevage sur une terre assez médiocre, sauf le plateau de Foy, où repose sur le calcaire une épaisse couche de limon fertile. (Nous donnerons en annexe le recensement agricole de 1970). La baisse du chiffre de la population s’explique sans doute par la mécanisation de la culture et est quelque peu compensée par l’invasion des villégiaturistes, les week-ends et les mois d’été.
D’industrie, point, sauf le moulin Lekeux qui, relevé de sa ruine par le feu en 1942, ne moud plus que des aliments pour le bétail. Celui que le Flavion avait tourné pendant plus de six siècles et qui rendit encore de précieux services aux affamés de la guerre 14-18 par de clandestines moutures, s’est arrêté. Celui que Charles de Coppin avait dressé, après approbation du conseil communal des 15 et 31 octobre 1847, n’a laissé que le nom de Moulin à Vent à une petite ferme au niveau de Belle-Vue, en haut de Chertin: on y voit encore, accroché à la muraille d’une remise, un anneau de fer qui servit, nous dit l’aimable Mademoiselle Copette, à retenir les ailes à l’arrêt. La brasserie locale disparut entre les deux guerres. On se rappelle une carrière à Chession et quelques poches de terre plastique ou de sable dont la dernière, propriété de M. Auguste Delhaye, fut vidée il y a près de 20 ans.
Plus de forge ni de marteau sur le Biert. Les Binon, propriétaires de la prairie aux crayas en vendirent, non sans profit, le terril, pour faire place au chemin de fer, dans les années 80. Les scieries et polissage de marbre qui ont succédé, entre 1910 et 1922, dans l’utilisation du courant d’eau, ont été remplacés par une charmante villa, aménagée par Albert Willotte, d’Ixelles, depuis 1943. M. Pierre Wérenne, qui l’habite depuis 1949, tire de l’ancien bief son électricité domestique. Très épris du site, il en connaît chaque pouce carré. Les anciens se rappellent aussi une éphémère blanchisserie Thonon, qui lavait le linge au bord du Flavion, avant la première guerre mondiale.
Bien sûr, s’il n’y a plus d’industrie locale, on peut aller travailler ailleurs. Que d’ouvriers, employés, écoliers partent chaque matin pour la journée! Le chemin de fer fut un bienfait: il passait naguère jusqu’à seize trains par jour, cahotant et sifflotant, le long de la vallée. Le tronçon Ermeton-sur-Biert-Anhée avait été inauguré en 1890, après un long et dur travail pour aménager un parcours que les caprices du ruisseau rendaient impossible sans tunnels, ponts et remblais. Mais la ligne 150 parut si utile, notamment pour le transport des marchandises, qu’on la doubla en 1923. Toutefois le pétrole allait détrôner la vapeur. Après la dernière guerre, il fallut s’apercevoir que le service de la ligne n’était pas rentable: c’est grave pour un service public! Le dernier train de voyageurs remonta la vallée le soir du 25 août 1962, emportant les regrets unanimes des riverains, auxquels les autobus de remplacement, réduits au minimum, ne parurent jamais qu’un os à ronger jeté au chien.
Dans le monde d’aujourd’hui, le tourisme est une nécessité vitale, dont l’économie locale doit tenir compte. Trois hôtels dans la vallée attendent les villégiaturistes. Ainsi, La Truite d’Or qui, au pied des ruines, a relevé l’enseigne d’un vieux café situé de l’autre côté de l’eau. Sur l’emplacement même de celui-ci, en 1911, fut bâtie la villa de pierre de Georges Boël, ouvrant sur un jardin français, objet de soins méticuleux entre les deux guerres. De confortables résidences d’été ont pris place, comme le manoir moderne de Montaigle, bâti par un propriétaire Trémouvoux, héritier des de Coppin, vers 1850, et occupé par la famille del Marmol depuis plus de cent ans, la villa des Hayettes, à M. Louwers, et le fier château du Chenois dressé en 1936-37 par Benoît Desclée de Maredsous, au point culminant de la commune, 267 mètres. (L’église, au centre cuvette légèrement concave, a son seuil à 201 mètres, les ruines de Montaigle sont à 150 et la Molignée à 130.
Pour les touristes de la dernière vague, des terrains de caravaning se sont ouverts dans la vallée, à la Forge et plus haut vers Sosoye. En amont de la solitaire villa bâtie entre le ruisseau et la falaise, dans les années 30, par Paul Gathy, M. André Mazy a creusé un étang, en contrebas de la roule, pour les amateurs de truite. Mais au village même, nombre de vieilles maisons paysannes ont été modernisées avec goût et bonheur pour abriter les week-ends des citadins, en quête, avec leurs transistors, d’un air qui n’ait point passé par une cheminée d’usine ou par un pot d’échappement.
La paix des campagnes, que les citadins d’aujourd’hui envient aux paysans et veulent partager avec eux à l’heure des loisirs, il ne faudrait pourtant pas croire qu’elle ne fût à Falaën, sans parler des grandes secousses de l’histoire nationale, jamais troublée.
Le souvenir s’est maintenu, matérialisé par un toponyme récent, la Croix Prosper, d’un drame qui remua la population, il y a près de 80 ans, un drame de braconnage qui rappelle un peu l’ancien régime.
Le lundi 12 septembre 1892. peu avant 6 heures du matin, le garde-chasse Prosper Jaumain, au service de M. Eugène del Marmol, surprenait à la lisière du bois un piquet de braconniers en plein travail. Ils avaient, la nuit, posé quelque 150 bricoles. Le garde, brave et vigoureux, mit la main au collet de l’un d’eux, Jean-Baptiste, de Flavion, 43 ans: un corps à corps s’engagea. Mais les autres assaillirent le garde, qui tira sur le premier, lui fracassant le genou, sans pouvoir résister aux trois agresseurs: lardé de coups de couteaux, les carotides sectionnées, il s’écroula. L’alarme fut donnée par un jeune vacher qui amenait d’en-bas ses bêtes à la pâture, et par un professeur de musique bruxellois nommé Dujardin, descendu à l’hôtel Falmagne, près de la gare, qui, avec deux compagnons partait pour la chasse. Dès 7 heures, un télégramme déposé à Falaën, du bourgmestre Derenne. alertait le commandant de la gendarmerie de Dinant. Le Procureur du Roi, avisé à son tour par télégramme de 9 h. 42, répondit par même moyen: « Partons par voiture louage. Le médecin nous accompagne. N’arriverons pas avant 11 heures. Procureur du Roi, Rousseau».
L’enquête commença aussitôt. Les docteurs Georges Cousot et Ernest Disière se penchèrent sur le cadavre, à la face horriblement tuméfiée, et sur le blessé couvert de sang, qui fut retenu à la maison communale, en attendant son transfert à la prison de Dinant. Près du blessé, on avait trouvé sa canne de jonc à pommeau métallique et un sac contenant deux lièvres et un lapin. Le géomètre Camille Diant dressa le plan des lieux.
Le juge d’instruction Alfred Virez, installé à l’auberge Couturier, commença dès le matin suivant l’interrogatoire des témoins, qui amena trois autres arrestations dans des villages voisins, dont deux frères, 26 et 22 ans, qui avaient déjà été condamnés pour braconnage. Un quatrième, qui se pendit dans sa cellule, ne devait pas voir les assises.
Celles-ci se tinrent à Namur, première session de l’année 1893, les 29 et 30 mars, sous la présidence du Conseiller à la Cour d’appel de Liége, Jules Richard. Pour tenir tête au ministère public, le substitut Louis Stellingwerff, les avocats Moussoux, Thirionnet, Hubert et Falmagne. Quarante-six témoins défilèrent. Le prononcé du 30 mars acquittait Jean-Baptiste, le blessé, mais les deux frères Joseph et Alphonse, reconnus «coupables d’avoir, à Falaën, le 12 septembre 1892, avec intention de donner la mort, commis un homicide volontaire sur la personne du garde-chasse Prosper Jaumain », étaient condamnés aux travaux forcés à perpétuité Leur pourvoi en cassation devait être rejeté. Il est vrai qu’ils ne devaient pas mourir en prison.
Le lieu, dit Pirouët, d’après les rapports de police, est maintenant signalé par la Croix Prosper, qui rappelle cette sombre histoire, le drame de Falaën, comme dit l’Ami de l’Ordre de Namur, qui relate le procès. C’est une croix de pierre, à fleur de sol, à la lisière du bois, au bord de la route, à quelque 400 mètres de la gare. L’inscription qu’elle porte, rappelant le nom de la victime, son âge, 53 ans, et la date de sa mort, ajoute ce lapidaire éloge: «victime du devoir ».
Nous pouvons témoigner nous-même d’une autre grande émotion qui ébranla le village, ces tout derniers jours. Le Il octobre 1970, au matin, les électeurs conviés au renouvellement du conseil communal apprenaient avec stupeur la mort subite, dans la nuit précédente, à 11 heures du soir, du bourgmestre sortant, Alphonse Léonard, tête d’une liste qui devait emporter une écrasante majorité. A vrai dire, l’excellent maïeur, âgé de 66 ans, n’en était pas à sa première crise cardiaque. A la surprise provoquée par la nouvelle de son décès, succéda l’expression d’une tristesse profonde et universelle, non pas à Falaën seulement mais à Sosoye et Maredret, où il était Président du Conseil de Fabrique, à Warnant où il était né et avait été sous-chef de station, partout où avait rayonné sa sympathique personnalité.
L’auteur de ces lignes ne peut évoquer sans émotion le souvenir de cet ami de longue date, auquel cette histoire doit beaucoup, duquel le nom était déjà inscrit, comme celui du principal dédicataire avec M. le Curé Boca, en tête de ces pages.
Mais la vie continue avec ses problèmes et ses tâches. Un nouveau conseil communal sorti des urnes du 11 octobre de cette année 1970, composé de M. Désiré Blaimont, Mme Yvette Colige (épouse Roger Lawarée), MM. Fernand Colot, baron Rodrigo ‘t Kint de Rodenbeke, André Streveler et Jean Thiange, ne put jamais entrer en fonctions, les élections ayant été invalidées par la Députation permanente, le 26 novembre suivant, pour insuffisance de signatures sur les listes de présentation des candidats.
Le nouveau conseil, élu le 28 mars 1971, est constitué des candidats choisis sur deux listes, que nous rangeons dans l’ordre des préférences:
Liste 1: MM. Jean THlANGE (146) - Joseph WILLEM (117) - Camille MOUTON (109) - Désiré BLAIMONT (105) - Aimé PIERARD (95)
Liste 2: MM. Fernand COLOT (127) - Jacques GILAIN (95) - M. Joseph Willem avait accepté de rentrer au Conseil pour y représenter l’important secteur de Foy-Marteau. L’écharpe maïorale fut pour M. J. Thiange, qui a fait fonction durant l’intérim. M. D. Blaimont, échevin chevronné des travaux publics, gardera cette charge. Un nouvel élu, M. Camille Mouton, sera second échevin.
Le problème de l’eau potable a sensiblement avancé sous le régime qui vient de se clore, celui de la restauration de l’église est aussi réglé. Il en reste bien d’autres: l’histoire attend des nouveaux élus qu’ils les résolvent avec prudence et fermeté. Falaën leur est confié pour six ans...
Comment ne pas s’y attacher, à vrai dire, à ce petit coin perdu - fen deserta - quand on l’a seulement parcouru tout entier, surtout dans cette dimensions qu’on appelle l’histoire? Des hommes s’y sont fixés dès le paléolithique. Il a le charme viril de ses vallées profondes avec leurs rochers, leurs cavernes et leurs bois, puis des monuments évocateurs du passé.
Ils nous font commencer avec les primitifs chasseurs de mammouth. Au moyen-âge, une abbaye célèbre par le renouveau spirituel qu’elle a provoqué, l’éclaire de sa lumière, puis la gloire militaire des comtes de Namur s’incarne dans Mont-Aigle. C’est seulement quand ils seront devenus souverains de la lointaine Espagne que leurs descendants engageront le vieil héritage. Parmi les seigneurs de Montaigle et de Falaën, un grand magistrat du XVII” siècle et, dans leurs descendants du nouveau régime, un des fondateurs de la Belgique indépendante.
Entretemps les générations se sont succédé sur la terre fidèle. Non sans travail ni peine, ni joie non plus. Elles ont vécu hier et aujourd’hui: pourquoi pas demain?

Annexe 1
Vers 1400 - Convention entre l’abbaye de Brogne et le Curé de Falaën Sur la dîme
FAILAIENS. A Failaens soloit avoir ladite eglize grosse disme et menue ens en la queilh li cureit del vilh avoit chascun an vint libres de tournoi des quelz dismes menuwes et grosse et XX libres desdites fui jadtens fait unc accort entre monsigr. labeit et le convent del dite eglise de brongne d’une part et sire thumas vestis del eglise parochiaul de failalen daultre part. En theilh manire que le dis sire thumas duel tous les ans et tou les jours de sainct ad. seulement avoir lever et chatu les dites disme grosse et graille tout entirement excepteit chu que li costez del dite eglise de brongne y at. Et la promi le dis sir thumas diel rendre chascun an tout sa vie durant aldite eglise de brongne -x muids d’espault et davaine moitieit une et moitieit aultre mesure de Dinant. Et devoit ladite eglise de brongne la premir ausi est quitte purement et absolument de paie les dites xx libres de tour, tout le court del vie de dit sire thumas, liqueis parmi ces presens conventions devoir livrer en la dite ville de Failaën unc tort unc verau, unc feu elle eglise, unc marlir et toute autre chouse ou debites que la dite eglise y devoit pour cause des dites disme excepteit lenglise le cloke les aornements del aulteit a detenir par le queis li dis sir thumas devoit mettre totes fois que besoigne seroit - x soulx manoie courante et de sien propre se plus grande despens ny faloent et ausi silh advenist que la dite englise parochiaul ceyst en rowine de meschanche la dite eglise de brongne y devroit tot premir mettre en la reparation d’icelle ses dis x muids de grains entirment mais se paul y avoit la grosse dèsme de dit lieu de Failaen le devoit parfarie ensi que tot ce est plus plainemnt contenu en un public Instrument fait et signeit par Johan de maherenne public notaire li queis Instrument est ou tresor ou coffre des dite.
AEN; Arch. ecclés. 2586, Registre de Nicolas de Lesve f° 48 v

Annexe 2
Les Bourgmestres :
1803-1807: Jacques Maquaire
1808-1819 : Feuillen de Coppin (dernier seigneur)
1820-1832 : Romedenne-Pirson
1833-1837 : Charles-Marie de Coppin
1837-1843 : id.
1843-1848 : Georges Mélot
1848-1879 : Léopold de Coppin (frère de Feuillen)
1879-1884 : Julien Baudard
1884-1895 : Ernest Derenne
1896-1896 : Henri Francotte
1897-1900 : Emile Couturier
1900-1904 : Télesphore Baijot
1904-1920 : Eugène Falmagne
1920-1925 : François Delhaye
1926-1926 : Louis Gaspard
1927-1940 : Jean Denis
1940-1944 : Louis Gaspard
1944-1946 : (f.f.) Joseph Spineux (pas de nominat.)
1947-1951 : Fernand Richelle
1951-1953 : (f.f.) Louis Godart (pas de nomination)
1953-1965 : Robert Ruth
1965-1970 : Alphonse Léonard
1971-         : M. Jean Thiange

Annexe 3
Recensement agricole de 1970
1. Exploitation:
Galand Fernand - Foy 75 ha.
(anciennement Masson)
Delhaye Jules - Falaën 73 ha.
Willem Jules - Montaigle 64 ha.
Willem Joseph - Foy 58 ha.
Snauwaert Adelin - Bruyères 54 ha.
Thiange Jean - Bruyères 51 ha.
Pirson Roger - Héronnière 50 ha.
Calande Julien - Belle-Vue 47 ha.
Huys André - Hayettes 45 ha.
Desnoeck Heetor - Chertin 43 ha.
Gauthier Raoul - Falaën 39 ha.
Spineux Marcel - Foy 30 ha.
Piérard André - Chession 25 ha.
Pirson Désiré - Marteau 25 ha.
Etc...
2. Bétail:
Bovidés 1386
Chevaux: 7
Porcs 113
Poules 275
Moutons: 81
Superficie agricole: 863 ha.
Superficie exploitée: 186 ha en propriété. 677 ha en location.
Cultures: 365 ha (1 h.5 de pommes de terre).
Pâtures: 498 ha.